Mars 2006. Bugaled-Breizh, les doutes de l'armateur
Michel Douce, armateur du Bugaled Breizh a dénoncé , hier, l'attitude conjuguée des Etats français, britannique, hollandais, allemand, mais aussi de l'Otan, dans l'enquête sur le naufrage du chalutier breton. Naufrage qui a fait cinq morts, le 15 janvier 2004 , au large du cap Lizard.
Les Etats qui avaient participé à des exercices sous-marins alliés et britannique dans la zone du naufrage du Bugaled-Breizh et en Manche chercheraient-ils à taire la vérité ? Michel Douce, armateur du chalutier bigouden, en est convaincu. Me Kermarrec : « Aucun des pays ne joue le jeu »Selon un communiqué de Me Kermarrec, son avocat, « la cause du naufrage est le passage d ' un sous-marin dans les funes (1) du chalutier loctudiste ». Une piste parmi d'autres, évoquée j usqu ' à présent avec prudence par le juge d ' instruction quimpérois , Richard Foltzer . Ce dernier a parlé de « force exogène » qui aurait pu entraîner le bateau par le fond. L'avocat de Michel Douce souligne également l'absence de coopération des E tats participant à l' exercice de l'Otan et du Royaume-Uni qui menait aussi le « Thursday war » ce jour-là. Pour Me Kermarrec, « aucun de ces pays ne joue véritablement le jeu, aucun ne répond ant aux commissions rogatoire s internationales ». Documents non traduits L' avocat désigne notamment l' Allemagne , qui répond par une fin de non-recevoir à une demande de renseignement sur la présence éventuelle de deux de ses sous-marins ; les Pays-Bas, qui ont refusé à un expert d' examiner le sous-marin Dolfijn lors d' une escale technique ; et les autorités britanniques, « qui brouillent les pistes quant à la présence sur zone des deux radeaux de survie ». Pire, i l regrette que « des documents établis par la station des Coast Guards de Culdrose » n 'aient pas été « traduits officiellement ». Ces documents « relatent , minute par minute , le déroulement des opérations de sauvetage et de recherches ( ... ) à partir des communications radio qu ' elle a reçues ou entendues ». Et l'un d'eux semble bien corroborer les déclarations de Serge Cossec, patron du chalutier l'Eridan, qui avait fait mention de deux radeaux de survie en surface (2). Le parquet : « On cherche on vérifie, on recoupe »Hier, Anne Kayanakis indiquait « ne pas avoir eu de contact avec le juge Foltzer » sur ce point. Au vu des éléments en sa possession, le procureur réaffirme donc que, pour elle, « la question des radeaux de survie est clairement réglée ». « Revenir là-dessus, je ne comprends pas ». Dans le climat de suspicion qui entoure le dossier, Anne Kayanakis rappelle le rôle du juge d'instruction et le sien : « On cherche, on vérifie, on recoupe. Notre but est de faire se manifester la vérité, quelle qu'elle soit. Si c'est un sous-marin, c'est un sous-marin. Si c'est une voie d'eau, c'est une voie d'eau... Nous n'avons aucun parti pris dans ce dossier ». Le « militaro-militaire » gêne l'avocat de M. Douce Dossier où l' avocat de Michel Douce exprime néanmoins sa gêne que les deux juges d' instruction « s' en remettent d' une façon quasi systématique à des commissions rogatoires qu ' ils délivrent aux gendarmes maritimes de Brest. Ce sont des militaires qui soont chargés d ' enquêter sur une cause aujourd ' hui militaire ». Enquête pour laquelle la Grande-Bretagne a accepté en janvier de déclassifier ses documents militaires liés aux sous-marins lors du naufrage, à l ' instar de ce qu' a fait la France. France où l es investigations techniques sur le train de pêche se poursuivent. But : identifier les traces d' éraflures relevées sur la fune bâbord. Un point-clé. 1- Câbles qui tractent le chalut. 2- Mention qui a ouvert l'hypothèse de trois radeaux sur zone puisque le second radeau du Bugaled a été retrouvé avec l'épave ensuite.
Le patron parle (itv du 18.09.2004)
Propriétaire du Bugaled-Breizh, Michel Douce a choisi de rester en marge du déferlement médiatique provoqué par les conditions étranges du naufrage des cinq marins et de son bateau. Aujourd'hui, entre doutes et convictions, fermeté et fragilité, il a accepté de sortir du silence et de partager son analyse de marin-pêcheur.
Avez-vous le sentiment que la justice fait tout ce qu'elle peut ?
Je le pense, oui. Elle est obligée d'étudier toutes les hypothèses les unes après les autres. Je comprends que ça puisse paraître long... Mais on le savait dès le départ. Je pense que tout ce qui devait être fait a été fait. Maintenant, les juges ont peut-être en poche d'autres cartes que je n'ai pas.
Avez-vous eu l'occasion d'inspecter l'épave de votre bateau ?
Je l'ai vue de près comme les familles, le jour de l'arrivée. Personnellement, je n'ai rien vu qui pouvait apporter une explication immédiate. Plus tard, j'ai été appelé une fois par l'expert pour aider les enquêteurs à entrer dans les cuves à gazole. Je n'ai pas eu accès depuis.
On parle de dégâts significatifs sur le filet qui était déployé, ayant provoqué la rupture d'un câble métallique ?
Je n'ai rien vu de tout ça. Je n'attends d'ailleurs que ça, être appelé pour aller voir : je connais mon matériel. S'il y a quelque chose d'anormal, je le verrai. J'ai vu ce chalut quand il a été sorti de l'eau en pendant de la grue. Il me semblait n'y avoir que deux ou trois trous sur le fond, mais rien de criant. J'ai entendu parler du câble cassé, mais je ne sais rien.
Et cette histoire de lestage du Bugaled ?
Alors là, beaucoup de choses ont été dites là-dessus. Peu de vraies. Celui qui connaît un bateau sait bien qu'il y a un lest de ciment : c'est calculé par les affaires maritimes, pour la courbe de stabilité. C'est fait en chantier au moment de la construction. Nous avons enlevé du béton, en 1998, lorsque nous avons changé le moteur d'origine qui pesait 5 t. Il fallait retrouver le même poids pour qu'on ait une bonne stabilité avec un nouveau moteur de 9 t : ils ont donc retiré du béton. A nu, le Bugaled pesait 170 t. Quand l'épave est sortie de l'eau, les Hollandais ont dit qu'il pesait 230 t. Il n'y a rien d'extraordinaire, si on considère le bateau armé.
Aujourd'hui, à la lueur de vos connaissances de marin et de ce que vous avez relevé, quelle serait votre explication personnelle du naufrage ?
Je ne peux exclure ni accuser personne sans preuve. Et aujourd'hui, je ne sais rien de plus que les autres. Mais, il y a des hypothèses que j'écarte. L'abordage ? Je n'y crois pas. Si le Bugaled avait été percuté, même par un sous-marin, ce dernier ne s'en serait pas sorti sans dommage. La voie d'eau ? Je n'y crois pas : il y a effectivement un sabot de sondeur qui est parti, ce qui fait un trou dans la coque. Mais qui me dit qu'il n'a pas sauté quand le bateau a tapé le fond ? Et même s'ils avaient eu une voie d'eau, il y a les alarmes. J'ai vu qu'elles étaient enclenchées. De toute façon, le bateau n'aurait pas chaviré comme ça. Le mauvais temps ? Je n'y crois pas : si le Bugaled devait avoir chaviré ou coulé avec 25 noeuds de vent, il n'y aurait plus beaucoup de chalutiers sur le littoral. La grosse vague, je n'y crois pas : sur 3.200 bateaux qui ont été contrôlés ou inspectés sur la zone, aucun n'a vu cette fameuse vague.
Donc... ?
Je ne peux pas l'affirmer, mais c'est mon idée : pour moi, le Bugaled a été déséquilibré par un élément externe navigant et inconnu qui a provoqué le naufrage. Mon bateau n'aurait jamais chaviré tout seul ! Mes gars connaissaient leur métier et l'endroit. Surtout le patron (NDLR : Yves Gloaguen, le second, devenu patron par intérim en l'absence de Michel Douce, cloué à quai pour raison médicale). Il y a une erreur humaine, mais pas sur le Bugaled. Je me porte garant de mes gars. Sans problème. Pour moi, il y a quelque chose qui a tiré dans un câble et qui a tiré le Bugaled d'un côté. Il s'est couché : il y a eu un début d'envahissement d'eau...
Vous souhaitez apporter des précisions quant au contentieux qui vous oppose à la société Daky (*)
J'ai été très surpris par l'attitude de Daky et par ceux qui ont parlé en mon nom, y compris de certains professionnels. Ils sont passés outre notre accord. Nous sommes allés au tribunal, parce que j'ai été blessé. Au nom des gars qui ont perdu leur peau, aussi. Si jamais je devais être dédommagé d'un seul centime, je tiens à dire qu'il irait à la caisse des péris en mer.
* La société Daky (de Rosporden) avait organisé une collecte de fonds en utilisant une photo du bateau sans l'accord de son propriétaire
11.03.2006
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Photo Archives Le Télégramme
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