C’est dans une note adressée aux familles des victimes et aux parties civiles en date du 11 août dernier que le juge Richard Foltzer écrit : « Compte tenu de certaines conclusions déjà déposées par les experts, il apparaît de plus en plus important d’examiner, avec toute la compétence et la technicité nécessaires, l’hypothèse d’un bâtiment sous-marin qui se serait pris dans l’une voire dans les deux funes du train de pêche du Bugaled Breizh ».
Une avancée sémantique
C’est là une double avancée de taille de l’instruction. Avancée sémantique tout d’abord. Jusqu’à présent, au vu des éléments en leur possession, enquêteurs et procureur se préservaient de désigner un bâtiment submersible comme possible responsable du naufrage. Lors de leur rencontre de juillet 2005 avec les autorités, les parties civiles avaient dû se contenter d’une indigeste « force exogène ». Les juges exprimaient ainsi le phénomène observé par les experts sur le câble bâbord du chalutier, entre 40 m et 60 m de profondeur. Quelques semaines plus tôt, « un événement sous-marin » avait déjà été admis. Mais point de mention de « bâtiment sous-marin ». Aujourd’hui, les nouveaux éléments déjà apportés par les experts permettent donc aux enquêteurs de parler le même langage que les parties civiles, toutes convaincues de l’implication d’un sous-marin dans ce drame de mer qui fit cinq victimes.
Une avancée technique et un expert sous-marin
Le propos du juge suggère également une deuxième avancée, technique celle-là : la probabilité d’un accrochage d’un sous-marin dans les deux câbles du Bugaled. Rappelons que la pression exercée sur la fune et le panneau bâbord avait fait passer ceux-ci par-dessus la fune et le panneau tribord. Les câbles du chalut se sont donc retrouvés croisés sous l’eau, la fune bâbord se déroulant sur 500 m pendant que le câble tribord se maintenait à 360 m. Une probabilité de croche voire de double-croche avec un submersible que pourraient donc étayer « certaines conclusions des experts » déposées depuis la dernière rencontre avec les parties civiles en 2005. Pour faire davantage de lumière sur cette piste désormais claire du sous-marin, le juge indique dans son courrier : « Nous sommes donc sur le point de commettre un expert qui dispose de cette compétence et qui sera en mesure notamment de porter un regard technique sur cette hypothèse. Nous souhaitons que cet expert puisse nous accompagner lors de nos déplacements à l’étranger (...) ».
Retour en Hollande ?
Et la première destination de l’expert et du juge pourrait bien être, à nouveau, la Hollande. « Nous envisageons, selon les conclusions de l’expert "sous-marin", de procéder à de nouvelles investigations à destination des Pays-Bas en relation avec le Dolfijn », dit Richard Foltzer. En attendant d’en savoir peut-être plus sur ce submersible, les parties civiles ont déjà noté, en ce mois d’août 2006, que la « force exogène » a aussi pris la forme « d’un sous-marin » aux yeux des enquêteurs.
Le Dolfijn faisait partie de l’exercice Aswex 04 des forces alliées et était le bâtiment sous-marin le plus proche du Bugaled Breizh au moment du naufrage. Un autre exercice militaire britannique, le Thursday War, se déroulait aussi le jour du drame. Il incluait également des sous-marins. Mais les traces du Dolfijn, déclarées à l’issue d’un accident de démagnétisation survenu plus tard en Norvège, et les déclarations du commandant du Dolfijn, contradictoires avec des éléments concrets de l’enquête, ont toujours maintenu les familles et les parties civiles dans un climat de suspicion vis-à-vis du bâtiment néerlandais. Le juge montre, en tous les cas, sa volonté de faire toute la lumière sur l’hypothèse de l’implication d’un bâtiment sous-marin. « Le cas échéant, nous ferons procéder à une simulation en bassin dans des conditions similaires à celles du jour du naufrage », écrit-il dans sa note.