30 avril 2010 à 14h10 - Réagir à cet article
Dans son dernier rapport sur le Bugaled-Breizh remis à la Chambre d’instruction de Rennes ces derniers jour, l’expert sous-marinier Dominique Salles dit qu’il y avait bien une raison objective à la présence d’un sous marin nucléaire d’attaque en Manche le 15 janvier 2004, jour du naufrage du Bugaled-Breizh. L'expert désigne comme possible responsable du naufrage du chalutier bigouden avec ses cinq membres d’équipage un sous-marin nucléaire d’attaque américain.
>> Bugaled-Breizh : le dossier de la rédaction
Ce sous-marin américain aurait été en observation de transports de matière nucléaire militaire entre le Japon et la France comme l’ont révélé, hier matin, les parties civiles du dossier.
Les Etats-Unis espionnaient-ils un transport militaire japonais ?
Selon une source proche du dossier, l’expert sous-marinier D. Salles défend l’hypothèse suivante : dans le cadre de l’accord de désarmement militaire nucléaire passé entre les Etats-Unis et la Russie en 2000, les Etats-Unis devaient retraiter des matières nucléaires militaires. A l’époque, la France disposait d’unités de retraitement efficace. Il était ainsi prévu qu’en octobre 2004, les Etats-Unis amènent ces matières nucléaires militaires sur le territoire français par le port de Cherbourg. Ce projet nécessitait donc du transport de matière nucléaire militaire entre les Etas-Unis et la France.
Compte-tenu des risques de ce type de transports, les Etats-Unis auraient voulu contrôler l’efficacité des moyens de protection de ces transports. Et pour surveiller de façon discrète ces moyens, l’expert est formel, il n’y a que les sous-marins nucléaires d’attaque.
Ainsi, pour préparer leur propre transport d’octobre 2009, les Etats-Unis ne disposaient que d’une seule fenêtre d’espionnage d’un mouvement équivalent au leur : celle du 19 janvier 2004 date à laquelle se déroulait un transport de matière nucléaire militaire japonaise à bord du navire Pacific Sandkeapper au port de Cherbourg. Le rapport de l’expert émet donc l’hypothèse que les Etats-Unis aient amené un SNA pour espionner cette opération.
Le sous-marin américain serait arrivé le 15 au matin
L’expert estime ensuite qu’il faut environ trois jours à un SNA pour prendre ses marques sur une zone telle que la Manche. Ce qui ramène la présence du SNA américain au 16. Problème : le 15, les bâtiments de surface prévus pour l’exercice Aswex 04 des forces interalliées devaient être en transit vers la zone des manœuvres de l’Otan. Trop de risque d’être repéré.
Le rapport d’expertise avance donc que les Etats-Unis auraient anticipé davantage et que leur submersible serait arrivé le 15 au matin sur la zone qui fait face au Cap Lizard, là-même où pêchait le Bugaled-Breizh. L’expert, qui avait déjà dans un précédent rapport estimé comme « hautement probable » la responsabilité d’un sous-marin nucléaire d’attaque dans le drame, préconise donc de demander aux Etats-Unis la position de leurs sous-marins nucléaires d’attaque le 15 janvier 2004. Telle était la volonté des parties civiles qui souhaitent que les investigations se poursuivent.
Audience d'appel le 1er juin à Rennes
Le 1er juin prochain, forts de ce nouveau rapport de l’expert, leurs avocats défendront donc ardemment la poursuite de l’enquête dans une audience d’appel prévue à la chambre d’instruction de Rennes.
