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Bretagne

Justes. Le devoir de mémoire de Jacques

6 juillet 2009

En 1942, un enfant juif, Jacques Shuldkraut, échappait aux camps de la mort grâce à des soeurs jumelles briochines. Hier, il était de retour à Saint-Brieuc pour assister à la remise de la Médaille des Justes parmi les Nations, à titre posthume, à Marie et ElisaJosse.

Jacques Shuldkraut a vu pour la dernière fois les soeurs Josse en 1967. Il les avait invitées à Montréal pour l'Exposition universelle. Photo T.L.

«Elles étaient sans peur et sans reproche». Qui d'autre que Jacques Shuldkraut peut mieux parler de Marie et Elisa Josse? La première fois qu'il les a vues, c'était le 20octobre 1942. Il a 13 ans. Sa mère, Madeleine, vient d'être transférée à Drancy. Celle qui a repris l'entreprise de confection de vêtements pour dames, à Paris, après le décès de son mari, a eu le temps de parler à son fils avant leur séparation. Ils se trouvent alors au camp d'internement d'Aincourt (Val-d'Oise). Madeleine a un pressentiment. Alors, elle conseille à Jacques d'écrire à Marie Josse, à Saint-Brieuc, en cas de malheur.

«Deux dames me sautent au cou»

C'est dans un autre camp, celui de Châteaubriant(44) que la couturière parisienne s'est liée d'amitié, en 1942, avec celle qui tient un café-restaurant à Saint-Brieuc. La première se trouve là en tant que juive, la seconde parce qu'elle a insulté l'amiral Darlan en visite dans la préfecture des Côtes-du-Nord. Et, avant d'être libérée, Marie a assuré à Madeleine qu'elle pouvait compter sur elle. Alors, quand Jacques se retrouve avec les autres d'enfants d'Aincourt, au centre d'hébergement de l'union générale des Israélites, à Paris, il envoie une lettre à Saint-Brieuc: «Mademoiselle Josse, ma maman est partie à Drancy pour une destination inconnue. Elle m'a dit de vous écrire...». Un mois plus tard, on vient trouver Jacques. «Tes tantes veulent te voir!». Dans le bureau du directeur, «deux dames me sautent au cou». Des inconnues. Jusqu'à ce que l'une d'elles lui souffle à l'oreille: «Tais-toi! Je suis Marie Josse.» Au responsable du centre, qui demande quand même des renseignements, l'une des demoiselles répond «on va l'emmener dans le Nord de la France». En fait, elles se rendent aussitôt chez une soeur, en région parisienne. A l'abri des regards, Marie prend une paire de ciseaux et découd l'étoile jaune de Jacques. Le retour vers Saint-Brieuc peut se faire.

«J'étais heureux d'avoir un toit»

Jacques partage leur quotidien dans leur café-restaurant. Pour tous, c'est le neveu. Grâce à la Résistance, Jacques Shuldkraut a désormais des papiers au nom de Sylvestre Jacques, né à Oran, en Algérie. Et il est scolarisé chez les frères, à l'école du Sacré-Coeur, où il apprend le catéchisme au cas où on lui poserait quelques questions. «J'étais heureux d'avoir un toit, un foyer. Je pensais que ma mère était partie travailler pour le IIIe Reich, et qu'on se retrouverait à la fin de la guerre». Il ne reverra jamais Madeleine, déportée de Drancy à Auschwitz... Marie Josse, elle, a toujours la langue bien pendue. Elle ne cache guère ses opinions. «Elle marmonnait en vitesse ?M..., encore les Boches?, quand des soldats entraient dans son café.» D'ailleurs, les deux soeurs jumelles sont informées que les Allemands et la milice vont arrêter les anciens internés et ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour De Gaulle. Elles se réfugient en vitesse, avec Jacques, chez des cousins cultivateurs, et ne reviendront à Saint-Brieuc qu'à la Libération. Jacques quittera la ville en 1949 pour faire son service militaire, avant d'émigrer au Canada, en 1951. Mais, dimanche, il était de retour pour une cérémonie exceptionnelle. Il a en effet entrepris des démarches pour que la Médailles des Justes parmi les Nations, la plus haute distinction d'Israël, soit remise à titre posthume aux soeurs Josse qui sont inhumées au cimetière Saint-Michel. Si elles étaient encore là, Marie et Elisa auraient sans doute dit que c'était leur faire trop d'honneur.

  • Tangi Leprohon

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