4 juillet 2009
Comment réagir en mer face à une attaque pirate? La question agite les armements, tant à la pêche qu'au commerce. Des formations destinées aux équipages sont organisées à Concarneau. Une première en France.
Quinze minutes: c'est la durée moyenne d'un acte de piraterie maritime, entre la détection de la menace et l'arrivée des assaillants à bord. Un quart d'heure durant lequel la panique grandit inévitablement au sein d'un équipage, et avec elle, le risque de mauvaises réactions. La pire? Avoir l'envie d'en découdre.
«Ne pas transformer les marins en guerrier»
«L'une des règles essentielles que nous transmettons aux marins est de ne pas riposter: il n'est pas question de les transformer en guerriers», souligne Stéphane Papillon, ancien commando de Marine, chargé de la toute nouvelle formation «anti-piraterie», au sein du Centre européen de formation continue maritime de Concarneau. Une première en France qui, selon Alain Pomes, directeur du centre, «vient répondre à une demande grandissante des armateurs à la pêche et au commerce, présents dans l'océan Indien: ils veulent des réponses concrètes en matière de prévention et de gestion de la piraterie maritime». Du concret? Il existe, en effet, des procédures adaptées, avant et après l'arrivée des pirates sur le navire. «En mer, il n'est surtout pas question d'improviser», résume Francis Page, un ancien de la Marine nationale qui a peaufiné cette formation durant un an, commençant son travail avant même l'attaque au lance-roquettes du thonier concarnois le Drennec, en septembre2008.
Psychologie du pirate
Outre l'histoire et les méthodes de la piraterie, les groupes, de douze marins maximum, se voient enseigner les bons comportements, le rôle de chacun, avec la désignation d'un interlocuteur, la gestion de la peur... Sans oublier l'approche psychologique de l'assaillant, et cette règle à retenir: ne jamais le contrarier. «Il faut cependant savoir qu'un pirate somalien, dont la seule motivation est l'argent, ne va pas risquer de perdre son gagne-pain, contrairement au Nigeria, où les opérations sont plus violentes car politiques, et doublées d'une consommation de drogues dures», analyse StéphanePapillon, aujourd'hui chargé de la sûreté maritime au sein du groupe mondial Aden Services. Au terme des deux jours de formation, les membres d'équipage retiennent plusieurs points positifs: «Nous avons maintenant une image précise de ce qu'est une attaque, ce qui va peut-être nous donner un brin de sang-froid en plus,si cela devait arriver», racontent Guillaume et Lanig, second mécanicien et chef-mécanicien sur un thonier (*). Ils retournent sur la zone de pêche la semaine prochaine. Avec, à l'esprit, une liste de règles de sûreté à partager avec les marins africains, qui constituent l'essentiel de leur équipage.
Les noms des navires et armement n'ont pas été communiqués pour des raisons de sécurité.
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