3 juillet 2009
L'archéologue Philippe Gouezin vient de mettre au jour, à Trédion, une vaste nécropole du néolithique. Une découverte qui permet de jeter un regard nouveau sur l'importance du mégalithisme en Bretagne intérieure.
«Mettez-vous accroupi et voyez là -bas, près du grand chêne. Cette petite butte entourée de roches, c'est probablement une tombe», glisse Philippe Gouezin, au détour d'un sentier. En marchant aux côtés de l'archéologue dans ce bois de Trédion, il ne s'écoule pas cinq minutes sans que le chercheur ne repère un rocher ou une aspérité du sol signalant la présence d'un ouvrage funéraire. «C'est une nécropoled'une grande importance», affirme ce scientifique vannetais rattaché au CNRS. La découverte s'est dessinée en l'espace de quelques mois, à mesure que l'archéologue commençait à dresser un inventaire des mégalithes du sud-est du Morbihan. «Seulement six ou sept monuments étaient répertoriés ici jusqu'alors. Aujourd'hui, j'en suis à 70. Et je n'ai pas encore tout parcouru...» Le bois de Coëby, Philippe Gouezin l'avait déjà arpenté il y a une vingtaine d'années. «Mais beaucoup de choses m'avaient échappé à l'époque, dit-il. Je manquais encore d'expérience pour repérer les anomalies du terrain».
Grande diversité
Le site abrite des dolmens à couloir, des tertres tumulaires longs de 90m, des allées couvertes, des stèles, des alignements et des coffres funéraires par dizaines. Selon l'archéologue, ces coffres rudimentaires formés de quelques dalles de pierre sont la marque d'un mégalithisme ancien. Les autres édifices sont plus récents. «Il existe plusieurs nécropoles sur les hauteurs des landes de Lanvaux, par exemple à Saint-Just (35) et à Langon (35). Mais celle-ci brille par la grande diversité de ses sépultureset leur excellent état de conservation», souligne PhilippeGouezin. Datations à l'appui, Coëby a, semble-t-il, été occupé par les hommes du néolithique de 4.500 à 2.000 avant Jésus-Christ. Ce sont de jeunes agriculteurs du coin qui ont mis l'archéologue sur la piste de tous ces mégalithes. «Ils pratiquent la chasse et la cueillette des champignons dans ces bois privés. Et ils sont très sensibles à la préservation de ce patrimoine».
Demandes de sondage
La densité de monuments retrouvés à Coëby illustre la présence d'une population nombreuse au néolithique, dans cette partie de la Bretagne intérieure. «C'est une zone beaucoup moins étudiée que le littoral où chacun a entendu parler de Carnac, Locmariaquer ou encore Gavrinis», note Philippe Gouezin, accroupi près d'un impressionnant dolmen à couloir, caché jusqu'alors sous une épaisse couche d'humus et de végétation. Sur ce plateau boisé, on n'a pas retrouvé de traces d'habitat, ce qui fait dire à l'archéologue que le site était exclusivement consacré aux ouvrages funéraires. «L'analyse des pollens n'a pas non plus mis en évidence l'exploitation de terres agricoles à cet endroit. Il est probable que les hommes qui habitaient cette région cultivaient des parcelles au pied des landes de Lanvaux». Une fois l'inventaire achevé, Philippe Gouezin va présenter des demandes de sondage au service régional d'archéologie. «Nous ne sommes qu'au tout début du travail pour préserver ce formidable patrimoine. L'idéal serait de pouvoir les protéger via les plans locaux d'urbanisme et de sensibiliser le public grâce à une vulgarisation. Mais cela ne pourra se faire qu'avec l'accord des propriétaires de ces bois».
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