2 juillet 2009
Le poisson sauvage se fait plus rare. Une chance pour le poisson d'élevage? Pourtant, il est accusé de tous les maux: il vide les mers, il pollue... «Des idées reçues», assurent les professionnels, avec cette fois l'appui des scientifiques.
«Il n'est pas question de remplacer la pêche par l'aquaculture», assure Marc Vandeputte, qui dirige les chercheurs de l'INRA. Le constat: la production de la pêche ne va pas augmenter. L'aquaculture est donc une solution pour répondre aux besoins des populations. «D'ici 2015-2020, plus de la moitié du poisson sera d'origine aquacole», souligne-t-il. En France, les produits de l'aquaculture n'ont pas bonne image. Les professionnels, c'est de bonne guerre, défendent leurs «bêtes», leurs bars, leurs truites ou leurs daurades. Quand les scientifiques peuvent, preuves et recherches à l'appui, démontrer qu'il y a des idées reçues, le débat prend une autre allure.
L'aquaculture pille-t-elle les mers?
On accuse le poisson d'élevage de vider les mers puisque qu'il mange des farines et huiles qui viennent des poissons sauvages de la pêche minotière. En France, les producteurs se sont orientés vers l'élevage d'espèces dites nobles: truite, daurades, bar, turbot, esturgeon, saumon, des poissons carnassiers. Pour produire 1 kilo de truite portion (de 200 à 250 grammes), 2,4 kilos de poisson sauvage sont nécessaires. Or, insiste Philippe Riera, le président du CIPA, (Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture), dans la mer, les poissons carnassiers consomment 5 à 10 kilos de poisson-proies... Les scientifiques de l'Inra et de l'Ifremer cherchent aussi à substituer partiellement les huiles et farines de poisson par des huiles végétales issues du soja, colza, de la luzerne... Comme cela on puise moins sur les ressources marines! A l'horizon 2020, l'objectif d'un kilo de truite produit pour un kilo de poisson sauvage devrait être atteint estiment les scientifiques.
L'aquaculture pollue-t-elle?
Azote, phosphates: il y a des rejets piscicoles, c'est une évidence. Les professionnels ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot et misent, disent-ils, sur le respect des normes et de la qualité de l'eau. Ils sont d'ailleurs sous haute surveillance. Les chercheurs les aident aussi en élaborant notamment des aliments à haute digestibilité qui font moins de rejets.
Le poisson d'élevage est-il moins bon?
«Au départ, quand on a commencé à produire, ce n'était pas faux», souligne un pisciculteur. C'est du passé. Les dégustations à l'aveugle montrent qu'il n'est toujours pas évident de faire la différence. «Au chapitre gustatif, nous n'avons pas à rougir!», assure Philippe Riera.
Il serait plus gras...
Et l'aspect nutritionnel dans tout ça? Le poisson d'élevage serait plus gras. «Il n'en est rien, assure une chercheuse de l'INRA. Pour la teneur en graisse, ce n'est pas la technique de production qui joue, c'est l'espèce! Le cabillaud est une espèce à chair très maigre. Le cabillaud d'élevage est tout aussi maigre!», affirme-t-elle. Le poisson sauvage serait plus riche en oméga 3? Les chercheurs assurent là encore, ce n'est pas fondé.
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