30 juin 2009
Carottes tordues, choux-fleurs irréguliers... A partir du 1er juillet, les magasins pourront vendre des légumes aux formes biscornues. La mesure inquiète «Prince de Bretagne».
Pour la Commission européenne, il n'y a aucune raison que des produits aux formes irrégulières, mais tout à fait comestibles, soient écartés du circuit commercial des magasins européens. Les légumiers bretons craignent que les nouveaux apports pèsent sur le marché et fassent baisser les prix au détriment de leurs légumes bien calibrés. Qu'est-ce qui va changer? Actuellement, pour prendre place dans les rayons des supermarchés, les légumes doivent répondre aux normes des trois classements en vigueur: catégories 1, 2 et extra. Les critères vont de la forme à la taille en passant par la couleur. Ceux qui ne sont pas dans les clous sont écartés du circuit pour être vendus dans les usines de transformation, ou bien ils finissent à la poubelle.
Chou-fleur, poireau...
A partir de demain, les normes vont disparaître pour 26 fruits et légumes. «Dans cette liste, on trouve les légumes-phare de notre production, comme le chou-fleur, l'artichaut, le poireau, l'oignon», indique Yvon Auffret, le directeur du comité économique régionale des fruits et légumes (Cerafel) de Bretagne, qui commercialise les produits sous la marque «Prince de Bretagne». La tomate, la salade et la fraise sont épargnées. De Brest à Saint-Malo, en passant par Paimpol, 3.000 agriculteurs produisent 670.000 tonnes de légumes frais, 40% sont exportés dans l'Union européenne. «Ils travaillent tous selon le même cahier des charges», explique Yvon Auffret. «Ce qui nous permet de présenter à notre clientèle une production homogène.» Pour en arriver là, la filière bretonne finance de façon importante la recherche des variétés, les stations expérimentales qui mettent au point les techniques de culture, les méthodes de récolte et de conditionnement. «Tout cela coûte cher et augmente nos coûts de production», souligne Yvon Auffret.
Des risques de dérive?
A partir de cette semaine, les légumes «normalisés» vont se retrouver en concurrence avec du «tout-venant» qui se vendra sans doute moins cher. «Cette dénormalisation nous fait craindre des dérives», commente Yvon Auffret. «Il suffit d'une augmentation de 2 ou 3% des volumes pour déséquilibrer le marché européen». Le directeur du Cerafel redoute aussi une baisse de la qualité, la création de marchés parallèles pour les produits concernés, une confusion dans les références de prix, voire l'imposition de cahiers des charges-maison par des enseignes.
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