26 juin 2009
Un gérant de sociétés de voyance a été jugé, hier par le tribunal de Quimper, pour avoir escroqué des sommes exhorbitantes à six personnes vulnérables, entre 2000 et 2002. On ne sait ce qu'en a pensé son corps astral.
Costume sombre, chemise blanche, catogan et barbe savamment taillée, l'homme à la barre prend des poses de consultant marketing, parle de déontologie et ponctue presque toutes ses phrases d'un «d'accord?» affecté à l'adresse de la présidente. Non, les faits, plus têtus que ses victimes, ne sont pas d'accord avec ce «mageen chef». Face à lui, six victimes brisées, en état de détresse psychologique, certaines sous traitement psychotrope, «qui ont eu le courage de venir devant le tribunal malgré la honte de s'être fait berner», dira le procureur de la République.
Des maîtres et des sortilèges
Le dossier débute en 2000, à Quimper. Une boulangère répond à une annonce de voyance parue dans un hebdomadaire. En dépression depuis sa séparation, elle veut le retour de l'être aimé. Elle entre en communication avec «Caroline», qui l'aiguille vers «Maître» Mangano, sorte d'occultiste ou «radioniste», néologisme dont même le prévenu, son employeur, ne pourra donner de définition! Il lui soutire 800F (soit 121 EUR) puis deux chèques de 10.000F (soit 1.500 EUR). Mais le sortilège qui retient son ex-compagnon auprès d'une autre femme serait puissant. Elle est mise en relation avec un autre «Maître», qui réclame 80.000F (12.000EUR) en liquide. Aveuglée par l'espoir et le chagrin, elle fait un emprunt et remet la somme à un homme, le 30mai 2001, place Saint-Corentin, à Quimper.
«Elle attend l'audience depuis sept ans!»
Ces va-et-vient d'un «Maître» à un autre, c'est la méthode «Ping-Pong Consultation», comme détaillée dans des documents saisis chez l'ex-compagne du prévenu: Les victimes sont donc ballottées de «radionistes» en Super Médiums, abreuvées de fariboles où il est question de télépathie, de runes, de mariage ou de coma astral... Et, toujours, à chaque étape, elles doivent lâcher des sommes exorbitantes. Pour cette dame de Poissy (78), c'est deux fois 1.600 EUR puis 26.000 EUR en liquide, payés en juin2002, et remis en main propre au prévenu, gare Saint-Charles, à Marseille. Cette autre dame se voit demander 200.000F (plus de 30.000 EUR) et parviendra à négocier 40.000F (6.000 EUR) de ristourne... Un habitant de Boulogne-sur-Mer, désespéré par le départ de sa femme, donnera 96.000F (environ 15.000 EUR) à un inconnu, à l'aéroport de Lille. Au-dessus de cette nébuleuse trône le prévenu. Ce dernier dit «assumer complètement une attitude marketing». Il ose:«Nos voyances étaient claires!». Bond des avocats de la partie civile: l'un raconte comment il insinuait la peur en professant que les sorts se retourneraient contre leurs clients et leurs familles s'ils ne payaient pas. «Toutes les victimes sont d'une faiblesse absolue. Elles veulent être rassurées. Et la brêche est ouverte», lance Me Buisine. L'ex-boulangère quimpéroise est aujourd'hui au RMI, handicapée et en HLM. Elle a tout perdu. «Elle attend l'audience depuis sept ans!», plaide MeGuillou-Rodriguez
«Responsable mais pas coupable»
Le prévenu réfute tout, dit avoir été doublé par les voyants qu'il embauchait. Pour son avocat, il est «responsable mais pas coupable» (sic). Le procureur de la République, qui a requis une peine d'emprisonnement avec mise à l'épreuve, ainsi que 75.000EURd'amende, ironise: «Si vous aviez été abusé par tous ces maîtres occultistes, pourquoi auraient-ils dit aux victimes d'envoyer l'argent à votre société?». Délibéré le 3septembre.
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