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France

Violences urbaines. Quand le gendarme se prépare au pire [Diapo]

14 juin 2009

Rafales de kalachnikov sur un fourgon de police à La Courneuve, tirs au fusil de chasse contre des policiers à Brest... Comment les forces de l'ordre font-elles face à cette radicalisation? Réponse au centre d'entraînement de la Gendarmerie, en Dordogne.

Lors d'émeutes, les gendarmes tentent de garder leur sang-froid et d'appliquer la riposte «graduée». Photo HC

«Ils étaient prêts à nous lyncher». Ce commandant de CRS, qui a servi à Sarajevo, n'avait jamais connu pareil déchaînement de violences. La scène s'est produite lors des émeutes de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), le 26novembre 2007, après le décès de deux adolescents dans la collision de leur mini-moto avec une voiture de police. Ce soir-là, les six fourgons (36 hommes) de la demi-compagnie de la CRS 43 sont encerclés alors qu'ils pénètrent dans une zone de la cité plongée dans le noir.

36 CRS pris au piège de 300 émeutiers

Autour des policiers, près de 300 émeutiers armés de pistolets à grenaille, de fusils de chasse, de cocktails molotov, de bombes lacrymogènes, de gros pavés, de barres de fer... Les CRS s'extraient des véhicules. Mais ils n'ont aucune solution de repli. C'est l'affrontement. Vingt-cinq minutes de violences, 11 policiers blessés, dont six par armes à feu, et trois fourgons «pulvérisés». Mais aucun mort. Un miracle. Les circonstances exactes de cet épisode sont soigneusement archivées au Centre national d'entraînement des forces de la Gendarmerie (CNEFG), à Saint-Astier (Dordogne). Tous les incidents de ce type y sont répertoriés. Le but est simple: préparer les quelque 17.000 gendarmes mobiles aux nouvelles menaces. Tous les deux ans, à tour de rôle, les 123 escadrons français défilent dans ce petit village du Périgord. Au sein du CNEFG, une petite ville de 28hectares, avec ses avenues, ses immeubles, places et ruelles, a été reconstituée. C'est ici, au gré d'exercices plus ou moins apocalyptiques, que les connaissances et techniques sont mises à jour. Et l'actualité du moment, c'est clairement l'usage d'armes à feu contre les forces de l'ordre. «L'utilisation de fusils de chasse et de pistolets à grenaille est en train de devenir la norme dans les violences urbaines», reconnaît le lieutenant-colonel Francis Mézières, chef de la division maintien de l'ordre au CNEFG. Mais le militaire relativise aussitôt: «On ne peut pas dire que c'est de pire en pire. Rappelez-vous la violence inouïe des émeutes des bassins sidérurgiques du Nord, dans les années 80, et de Plogoff, en Bretagne!».

1.300 grenades tirées entrois jours

Pour les gendarmes, l'usage d'armes à feu n'est «pas une surprise». «On a déjà essuyé des coups de feu au cours d'opérations en Nouvelle-Calédonie, en Guyane, à La Réunion, et dernièrement aux Antilles». Guadeloupe, fin janvier2009: en trois jours, plus de 1.200 grenades lacrymogènes tirées, 100 explosives lancées, et plus de 10 gendarmes blessés, dont quatre par armes à feu. «En opération de maintien de l'ordre, même quand on nous tirait dessus, nous avons toujours gardé notre sang-froid. Et c'est ainsi depuis plusieurs dizaines d'années», observe l'officier. «C'est une chose à laquelle on nous prépare beaucoup», confirme un gendarme mobile au cours d'un entraînement à Saint-Astier. Premier réflexe enseigné aux stagiaires: se mettre à l'abri. Préparer, dans la foulée, l'interpellation. Difficile, sur le vif. Difficile d'identifier un tireur dans une foule en mouvement, dans la pénombre et dans le vacarme d'une émeute. Le plus souvent, l'interpellation a d'ailleurs lieu à froid, quelques jours plus tard.

Des armes de guerre

À chaud, les gendarmes obéissent à une règle intangible: la riposte «graduée». Même face à un tireur. «On privilégiera toujours l'emploi d'armes non létales, assure le lieutenant-colonel Mézières. Jusqu'à présent, l'usage de grenades explosives (assourdissantes) a toujours suffi...». Les gendarmes peuvent aussi utiliser des grenades lacrymogènes, des balles Bliniz (balles molles, qui s'écrasent à l'impact et provoquent un hématome) ou avoir recours au lanceur de balles de défense (flash-ball amélioré). Une arme classée en catégorie 1, comme les armes de guerre. «Être touché par l'une de ces balles équivaut à recevoir un uppercut de boxer catégorie poids lourd», explique un officier instructeur, spécialiste des armes à feu. Mais les gendarmes redoutent que leurs adversaires passent à l'arme de gros calibre, type kalachnikov, jusqu'à présent «réservée» à la grande criminalité. Les gendarmes s'y préparent. «Parce que, quand cela va se produire, à 2h du matin, nous n'aurons pas la possibilité de sortir le drapeau blanc...». Le dernier recours des gendarmes mobiles: un «tir de neutralisation» effectué par l'un des trois tireurs de précision équipés de fusils Tikka (balles de 5.56mm) en poste dans chaque escadron. Ou un tir au Famas, le fusil d'assaut de l'armée française.

  • Hervé Chambonnière

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