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Lannion

Loi Littoral. La mer monte jusqu'à Keraudy

2 juin 2009

Limiter l'urbanisation près de la mer, tout le monde l'admet. Mais les règles des communes littorales s'appliquent aussi à des quartiers plus reculés, comme Keraudy, à Ploumilliau. Ce qui provoque des incompréhensions.

Marcel Prat, maire de Ploumilliau, connaît quelques difficultés à boucler son plan local d'urbanisme, en raison des contraintes de la loi Littoral.

Vous avez vu la mer, à Keraudy? Non. C'est normal, le rivage le plus proche de ce quartier de Ploumilliau est éloigné de 10km. Pourtant, les conditions strictes de la loi Littoral s'appliquent aux projets de constructions individuelles dans cet espace rural, aux portes de Plouaret.

800m de rivage

«Tout ça pour 800m de côte», soupire Marcel Prat, maire de Ploumilliau. 800m de rivage, à Pont-Roux, qui font de Ploumilliau une «commune littorale», où l'urbanisation est très réglementée. Toute extension ne peut se faire qu'en «continuité avec les agglomérations ou villages existants», selon la loi. Cette situation vaut aux élus locaux des discussions serrées avec les services de l'État, pour la révision du plan local d'urbanisme.

Seulement au bourg?

«Il arrive un moment où on nous impose de ne construire pratiquement qu'autour du bourg. Ce qui nous satisfait pour les projets communaux mais pas pour les particuliers. À force de discussions, on a pu récupérer quelques emplacements à Keraudy. Mais nous avons des soucis à Kerhélary, où on ne peut plus construire alors que c'était prévu dans le POS avant», explique Marcel Prat, en pointant la carte détaillée au mur de son bureau. Kerhélary, c'est un lieu-dit en bordure de Saint-Michel-en-Grève, qui compte déjà plusieurs constructions. Mais ce n'est pas un «village» au sens de la loi Littoral (lire par ailleurs).

«Une maison pasun lotissement»

«On ne veut pas faire d'extension. Si le propriétaire veut que son terrain soit constructible, c'est pour une seule maison, pas pour un lotissement. Pour moi, c'est une densification, pas une extension», plaide Marcel Prat. Son homologue et voisin de Ploulec'h, Michel Devallan, connaît des soucis comparables. «Nos seules possibilités d'urbanisation, c'est à partir du bourg et du Yaudet. Mais on ne veut pas d'urbanisation au Yaudet, on préférerait l'éloigner du littoral», expliquait-il lors d'une récente réunion du syndicat de cohérence territoriale (Scot).

Disparités entre voisins

Les maires ont parfois le sentiment d'être pris en tenaille entre les services de l'État et leurs administrés. À Ploumilliau, trois habitants, dont le terrain devient inconstructible, ont introduit un recours auprès du maire. L'incompréhension peut-être d'autant plus grande quand des disparités semblent exister d'une commune à l'autre. Les propriétaires de terrains à Lan Kerallic, autre lieu-dit de Ploumilliau, privés de la possibilité de construire, regardent avec envie leurs proches voisins de Trédrez-Locquémeau, où la continuité du bourg permet de poursuivre l'urbanisation. Pas toujours facile d'expliquer que, pour la protection du littoral, il faut voir loin. Parfois aussi loin qu'on n'y voit plus la mer.

  • Jean-Luc Le Roux

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