29 mai 2009
A une semaine du scrutin européen, qui se déroulera du 4 au 7 juin, force est de constater que ce rendez-vous électoral ne passionne pas les foules. Et ce peu d'enthousiasme fait même craindre une abstention record partout en Europe.
De l'Atlantique à la mer Noire, la question angoisse les états-majors politiques: l'abstention aux élections européennes va-t-elle atteindre un niveau record? La crainte est si fondée que les appels à voter se multiplient sur le continent. Les sondages sont sans appel: à peine 50% des électeurs européens envisagent de se déplacer jusqu'aux isoloirs, selon une enquête TNS Opinion menée dans 24 des 27 pays de l'Union. Pour mémoire, ils étaient 55% lors de la précédente consultation, en 2004.
Inquiétude économique
La carte de l'enthousiasme citoyen, ou du manque d'enthousiasme, colore de rouge la Slovaquie, la Pologne ou le Royaume- Uni, où à peine plus de 15% des inscrits envisagent de voter, alors que les Irlandais ou les Belges entendent répondre présent au rendez-vous, à 65%. En France, le chiffre d'une participation limitée à 40% tout au plus ne laisse pas d'inquiéter. Nombreux sont ceux qui y voient la première traduction dans les urnes de l'inquiétude économique et sociale. Ainsi Jean-François Doridot, de l'institut de sondage Ipsos, qui constate un «niveau de mobilisation très faible, tendant à baisser», et qui estime que «ce scrutin n'est pas la préoccupation des Français». Ce scrutin est vécu comme «une incongruité» en cette période de difficultés, analyse pour sa part François Miquet-Marty, de Viavoice, en particulier chez les populations les plus confrontées à la baisse du pouvoir d'achat et à la hausse du chômage. Même sentiment exprimé par Jérôme Fourquet d'Ifop: «La crise provoque un désintérêt par rapport aux débats politiciens, notamment chez les jeunes et les milieux populaires, qui sont les plus touchés».
Une lente érosion
Si le scrutin européen rencontre si peu d'écho chez les électeurs, c'est aussi parce que l'Europe n'est pas vécue «comme un levier pour résoudre les difficultés», observe François Miquet-Marty. Un constat que l'on peut également faire en Espagne où le climat de morosité engendré par la crise et l'envolée du chômage atteint un pays qui fut longtemps l'un des plus europhiles. «On assiste à une lente érosion de ce que représentait l'Europe pour l'Espagne», explique Ignacio Molina, spécialiste de l'Europe à l'Institut royal Elcano de Madrid. En Allemagne, la désaffection a une autre origine. À l'automne prochain, le pays se choisira ses députés, et la campagne pour ces législatives bat déjà son plein. Un pays d'Europe en tout cas n'est pas saisi d'euroscepticisme: l'Islande, où le gouvernement a soumis hier au Parlement un projet de loi en vue de son adhésion à l'Union européenne.
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