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Finistère

Sokalique. L'absence de veille à l'origine du naufrage

28 mai 2009

Près de deux ans après le naufrage du Sokalique qui a coûté la vie à son patron, Bernard Jobard, sa veuve, Yvette Jobard et son avocat ont confirmé que l'instruction menée à Morlaix touchait à sa fin.

«L'instruction est quasiment bouclée», se sont félicités YvetteJobard, la veuve du patron pêcheur disparu le 17août 2007 et son avocat parisien, ThierryMudry, collaborateur de Gilbert Collard.

Entourée de ses trois filles et émue jusqu'aux larmes, Yvette Jobard affichait sa satisfaction, hier après-midi, à l'issue de son entretien avec le juge d'instruction morlaisien Éric Duraffour. Le magistrat a confirmé à la veuve de BernardJobard et son conseil qu'à sa demande, le capitaine de l'OceanJasper et son second ont bien été entendus par un magistrat azerbaïdjanais, ces derniers jours. Lors de ces auditions, les deux marins auraient admis qu'ils ne se trouvaient pas sur la passerelle de leur cargo, au moment de la collision avec le caseyeur breton.

Personne à la barre

«Il est désormais établi que la veille à la barre de l'Ocean Jasper n'était pas correctement assurée et pour nous, c'est bien la cause principale du naufrage», a expliqué Yvette Jobard. «L'absence d'assistance à mon époux ainsi que le délit de fuite, alors que l'Ocean Jasper était très bas sur l'eau et faisait route à une vitesse relativement faible, n'ont laissé aucun espoir de sauvetage», a-t-elle rajouté. Il reste à savoir si ces auditions, qui se sont déroulées en Azerbaïdjan, auront valeur de mise en examen en droit français pour le capitaine et son second. Un écueil juridique qui devrait être rapidement levé, à en croire l'avocat parisien MeThierry Mudry, collaborateur de Gilbert Collard, le conseil très médiatique d'Yvette Jobard. «Pour le juge d'instruction, il n'y aura aucun problème», estime-t-il.

Le déroutement du cargo en question

Dans un dossier que chacun s'accorde à reconnaître comme «très compliqué», un autre élément pourrait empêcher la procédure judiciaire d'aller à son terme. L'armateur turc ayant affrété le cargo battant pavillon des îles Kiribati entend soutenir la nullité du déroutement de leur navire vers le port de Brest, sous escorte de la Marine française. «L'armateur nous dit: ?Mon bateau a été appréhendé dans les eaux territoriales internationales? et il estime qu'à partir de là, cette action sous la contrainte est illégale». Un argument de la partie adverse qui ne tient pas, selon Yvette Jobard et son avocat. «Nous allons pour notre part soulever que le délit de fuite s'est poursuivi durant 42 minutes dans les eaux territoriales françaises, ce qui a été établi, notamment, par le Cross Corsen et la préfecture maritime». Satisfaite de la tournure de l'instruction «qui sera close dans des délais très courts compte tenu de la complexité de l'affaire et de l'éloignement des parties», YvetteJobard a aussi tenu à rendre un hommage appuyé au président de la République, Nicolas Sarkozy, «qui est un homme de coeur et de parole».

Faire réfléchir

Elle se dit aujourd'hui «convaincue que le procès aura bien lieu à Morlaix». Avec ou sans le capitaine de l'Ocean Jasper et son second, les seuls mis en cause. «L'important, à mes yeux, c'est que ce procès qui sera une première mondiale puisse avoir lieu». Et Yvette Jobard de conclure. «Le jugement prononcé fera jurisprudence et fera réfléchir d'autres acteurs irresponsables de la navigation».

  • Jean Philippe Quignon

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