• LeTélégramme.com

Voile

Multicoques. LaTrinité reste dans la course

25 mai 2009

Grâce à son héritage et sa situation, et malgré le développement des pôles de Lorient et Port-La-Forêt, labaie de LaTrinité-sur- Mer reste une place forte de la course au large.

«Idec», le trimaran de Francis Joyon, mouille fièrement au milieu des bateaux de plaisance : le charme et la proximité champions-usagers restent les atouts premiers de la baie de La Trinité-sur-Mer.

Francis Joyon, Marc Guillemot et Thomas Coville en sont les plus fiers héritiers. LaTrinité-sur-Mer était identifiée comme laMecque du multicoques dans les années 80 et 90. C'était déjà le fief des marins au long cours Éric Tabarly, Eugène Riguidel et Alain Colas. Puis ce fut les débuts de la course au large, avec les Philippe Poupon, Loïc Caradec et Florence Arthaud. C'était l'époque des «copains d'abord», qui se sentaient comme chez eux dans la maison du Dr Le Rouzic. Un héritage qui aurait pu disparaître au début des années 2000, avec la professionnalisation du milieu de la voile et le développement d'infrastructures à Lorient et Port-La-Forêt (29).

Cap sur Lorient?

Nombre de skippers auraient pu suivre l'exemple d'un Yvan Bourgnon, habitant de Locoal-Mendon, attiré par les sirènes de Cap L'Orient, qui a fait de Keroman l'un des piliers de sa «cité de la voile». L'ancienne base de sous-marins, reconvertie en pôle d'accueil des grands bateaux, compte actuellement trois teams à plein-temps: Groupama (Franck Cammas, un multicoques 60 pieds et un maxi-catamaran); Banque Populaire (Pascal Bidégorry, un multicoques 60 pieds et un maxi-catamaran); Foncia (Alain Gauthier, un monocoque 60 pieds). Lorient est aussi le port de base des bateaux de Yann Eliès (Generali), Samantha Davies (Roxy), Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac) et Sébastien Josse (BT). Mais aucun d'entre eux n'est passé auparavant par le pays d'Auray.

Cherche grand hangar pieds dans l'eau

Port-La-Forêt, pour sa part, accueille une armée de figaristes, autour des grands voiliers de Michel Desjoyeaux (Foncia), Jean Le Cam (VM Matériaux) et Vincent Riou (PRB). Et la création de nouveaux hangars est dans les cartons. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Aujourd'hui, les skippers ont besoin d'abris aussi grands que leurs bateaux pour travailler. Avec si possible un accès direct à un bon spot pour s'entraîner. Heureusement pour LaTrinité-sur-Mer, le Multipôle 56 est passé par là. Créé en mai2002, à Saint-Philibert, il dispose de quatre hangars de 750m² (lire ci-dessous). «On reste ainsi dans la compétition d'accueil des grands champions», affirme Yves Normand. Le maire de LaTrinité-sur-Mer mise sur deux atouts majeurs: «La proximité entre les plaisanciers et les champions, et la baie de Quiberon, que l'on ne pourra jamais bouger». La commune travaille actuellement avec le conseil général sur un projet de valorisation de son port, pour rendre encore plus accessibles au public les pontons et les «Formules 1 de la mer» qui y sont régulièrement amarrées. «On n'aura jamais les infrastucures de Lorient, mais on aura toujours le charme».

  • Mathieu Pélicart

Un garage pour petits et grands bateaux

«Le Multipôle est né quand les multicoques de 60 pieds se sont développés», rappelle François Begkoyian, responsable de la structure. Créé en mai2002 par Yann Marilley (société No Limit), le Multipôle 56 offre comme principal atout quatre hangars de 750m². Les skippers Thomas Coville (Sodebo, un multicoque 60 pieds et un maxi-catamaran) et Marc Guillemot (Safran, un monocoque 60 pieds) sont chacun propriétaires d'un hangar. Les deux autres sont loués par la société No Limit au team Gitana du baron de Rothschild. Cinq bateaux (Gitana 11, 12, 13, Gitana Eigthy et Ishare) et deux skippers (Lionel Lemonchois et Yann Guichard) à lui tout seul. Aucun de ces bateaux n'a été construit au Multipôle. Mais c'est ici qu'ils sont assemblés, développés, réparés et entretenus. «Un bateau de course, c'est 95% de carbone; un matériel qu'il faut travailler au chaud. Nos hangars sont complètement étanches, ventilés et chauffés, et nous avons le matériel pour mettre rapidement les bateaux à l'eau», souligne François Begkoyian. C'est ce qu'est venu chercher le skipper trinitain Yves Le Blévec, qui assemble actuellement Actual, son premier grand multicoque de 50 pieds, dans le hangar Sodebo: «On aurait peut-être pu aller à Lorient ou ailleurs, mais mon équipe est basée à LaTrinité et le hangar de Thomas (Coville) était disponible au bon moment». François Begkoyian réfute toute idée de concurrence avec Lorient et Port-La-Forêt: «Des hangars comme les nôtres, au bord de la mer, ne sont quand même pas légion. Et la course au large reste un petit milieu, où tout le monde se connaît». Le Multipôle a aussi cette spécificité qu'il accueille le grand public. Compte tenu des délais d'attente sur les pontons du Morbihan, son port à sec de 300 places fait le plein. «Et c'est toujours sympa de passer devant les grands multicoques pour mettre à l'eau son petit pêche-promenade».
  • M.P.

En bref

Ils ont choisi le pays d'Auray Ils sont cinq skippers à «vivre et travailler» au pays: Thomas Coville (Sodebo) (notre photo), Marc Guillemot (Safran), Lionel Lemonchois, Yann Guichard (Gitana) et Francis Joyon (Locmariaquer). Les quatre premiers sont basés avec leur team au Multipôle 56 de Saint-Philibert. Le troisième est un cas à part dans le monde de la voile moderne: le recordman du tour du monde en solitaire continue de travailler seul et son multicoques est le plus souvent amarré dans le port de LaTrinité. D'autres skippers ont leur bateau ailleurs (le plus souvent à Lorient), mais habitent dans le pays d'Auray. On peut citer Isabelle Joschke (Synergie) ou Fréderic LePeutrec (Groupama). Loïc Caradec: une exposition événement à LaTrinité La mairie de LaTrinité-sur-Mer est à l'initiative d'une exposition événement à la mémoire de Loïc Caradec, qui sera inaugurée samedi 30mai, à 18h, sur le môle portant son nom, en présence de grands marins, d'amis et de Trinitains qui l'ont bien connu. Composée de plus d'une trentaine de photographies grand format, cette exposition en extérieur retrace les grands moments de la vie du navigateur, disparu en mer en 1986, lors de la Route du Rhum. On le voit depuis ses débuts en Bretagne jusqu'à l'épopée maritime de grand coureur océanique.

© Copyright Le Télégramme 2009