14 mai 2009
Quel impact auront les grèves et les blocages sur les inscriptions en fac? A l'heure où les élèves de terminale confirment leurs voeux pour l'an prochain, les premiers chiffres indiquent que l'université pourrait pâtir de ce mouvement.
«Ça semble très clair quand on discute avec les familles, on sent bien une forte appréhension pour s'inscrire à l'université. Le risque de ne pas pouvoir valider une année ou d'avoir un diplôme dont la valeur pourrait être mise en cause inquiète forcément.» Ces propos sont ceux d'Alain Collas, le proviseur du lycée Dupuy de Lôme à Lorient. Tous les chefs d'établissements ne partagent pas ce sentiment mais difficile de nier, quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir sur les grèves et sur les responsabilités des uns et des autres dans leur prolongation, qu'elles n'auront pas de conséquences sur les inscriptions.
5.500 étudiants de moins à Rennes 2
«Les parents ne veulent plus inscrire leurs enfants dans une université où un semestre par an est perturbé»: président de Rennes2, l'université fer de lance de la contestation, Marc Gontard a été l'un des premiers à s'inquiéter des répercussions des blocages sur l'image de son université. Une université qui a déjà perdu plus de 5.000 étudiants ces trois dernières années. Cette désaffection va-t-elle s'amplifier et gagner d'autres universités? Pour l'instant, les seuls éléments dont on dispose pour répondre à cette question ce sont les voeux d'inscription émis par les lycéens sur le service «admission post-bac». Pour les 12 académies qui étaient déjà dans ce système l'an dernier -ce n'était pas le cas de Rennes- et pour lesquelles les comparaisons sont donc possibles avec 2008 les tendances semblent assez nettes: les lycéens sont 12% de moins à avoir placé la licence en premier voeu sur leur liste.
10% de plus pour les classes prépa et IUT
Pour l'académie de Rennes, les seules comparaisons possibles avec 2008 concernent les voeux pour les classes préparatoires, les BTS et les IUT. Pour ces filières, les chiffres font apparaître une tendance assez nette: 10% de demandes en plus. «C'est forcément au détriment des inscriptions en licence», souligne un proviseur. Des chiffres qu'il faut, toutefois, prendre avec précaution car ils peuvent encore évoluer, les lycéens ayant jusqu'au 6juin pour modifier l'ordre de leurs voeux. «Les filières littéraires sont les plus touchées mais cela aura aussi des répercussions sur les filières scientifiques», explique le même proviseur. Vice-président de l'UBO, Thierry Michot prend acte de ces chiffres mais fait le pari que l'université brestoise, moins touchée que d'autres par la crise, ne s'en tirera pas trop mal. Peut-être aussi en attirant des étudiants qui, dans des circonstances normales, auraient plutôt opté pour Rennes. «Lors des portes ouvertes organisées en mars nous avons accueilli des étudiants de la zone de Rennes que nous n'avions pas d'habitudede recevoir».
Faire peur?
Vice-président de l'UBS, Frédéric Bedel n'est, lui, pas inquiet. «Il faut attendre, tout ça est très complexe. On ne peut pas encore se prononcer sur les causes de tel ou tel phénomène». Etant entendu que la crise économique peut aussi expliquer certains choix. Certains députés sont moins prudents et font circuler des chiffres plutôt fantaisistes, en tout cas bien supérieurs à ceux cités plus haut. «Est-ce un message pour faire peur?», s'interroge un proviseur. Histoire de faire payer à l'université son opposition à la réforme.
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