13 mai 2009
Invitée dans le cadre du festival Armor India, la journaliste indienne Vaiju Naravane, correspondante du quotidien «The Hindu» à Paris, a mené un échange passionnant avec le public de la CCI, lundi soir.
À 56 ans, vous êtes correspondante d'un quotidien indien imprimé à 1,4millions d'exemplaires par jour. Quel a été votre parcours?
J'ai commencé le journalisme en 1974, après avoir fait des études de politique et de philosophie. J'ai d'abord travaillé en Inde avant de devenir, en 1995, correspondante en Europe pour «The Hindu», l'un des plus vieux quotidiens du pays. Depuis 2002, je suis chef du bureau pour l'Europe, basé à Paris, sans compter une courte interruption comme directrice de l'information et de la communication pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève.
Avez-vous le sentiment que l'Inde suscite, aujourd'hui, vue de France ou de Bretagne, l'intérêt qu'elle mérite?
Sans doute plus qu'avant, mais pas tout à fait suffisamment encore, je pense. C'est la faute de l'Inde elle-même, bien sûr: elle n'a pas assez de poids sur l'échiquier international, au regard de sa taille éléphantesque! Le pays n'a encore jamais marqué d'opposition forte sur des questions d'actualité aussi brûlantes que le Moyen-Orient, par exemple. Cette attitude est un héritage de la vieille tradition de non-alignement mise en place par Nehru, mais la diplomatie indienne gagnerait aujourd'hui à s'exprimer davantage. Quant aux Français... reconnaissons qu'ils ont longtemps considéré l'Inde comme la chasse gardée des Anglais, pour s'intéresser davantage à la Chine, par exemple. Cela commence tout juste à changer.
Un festival commeArmor Indiaillustre-t-il, d'après vous, ces «nouveaux défis» dans lesquels vous estimez que l'Inde est engagée? C'est une bonne démarche, car des rencontres comme celles d'aujourd'hui permettent de rectifier l'image que les diplomates véhiculent de l'Inde à l'extérieur. Nos ambassadeurs ne parlent que de l'Inde qui brille, de l'Inde dont l'économie explose depuis l'ouverture sur le libéralisme en 1991. Mais la réalité est beaucoup plus contrastée. S'il est vrai que le pays a beaucoup d'atouts -dont celui, indéniable, de rester une vraie démocratie- il bouge malheureusement à deux vitesses. Il ne faut pas oublier que la population reste à 65% rurale, et que 60% des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour. Il n'y a qu'en regardant la vérité dans les yeux que l'on pourra faire comprendre et aimer sincèrement ce pays...
Pratique Suite et fin du festival Armor India demain soir avec «Dhoad, les gitans du Rajasthan», au Roudour à 20h30. Tarifs: 20/12 EUR. Renseignements: tél.02.98.15.20.90.
© Copyright Le Télégramme 2009