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Monde

Pakistan. L'armée tente d'éliminer les talibans

13 mai 2009

L'armée pakistanaise a intensifié son offensive contre les insurgés dans le Nord-Ouest du pays. Des centaines de milliers de civils fuient les combats.

L'armée pakistanaise s'efforce de combattre les talibans qui se mêlent à la population et mènent des opérations de guérilla, ce qui accroît les risques de bavures. (Photo AFP

C'est un véritable drame humanitaire qui se prépare au Pakistan. Depuis que l'armée a lancé son offensive contre les talibans dans le Nord-Ouest du pays, plusieurs centaines de milliers de personnes ont fui les combats en seulement deux semaines. Car pour se débarrasser des talibans, l'armée pakistanaise mène une opération de grande ampleur: 15.000 soldats, appuyés par des hélicoptères de combats, des chasseurs bombardiers F16, des chars et par l'artillerie, tentent de vaincre environ 5.000 insurgés.

L'ombre de la charia

Les combats se concentrent dans la vallée de Swat, où le gouvernement avait pourtant conclu un accord avec les talibans au mois de février. Selon ce texte, ils pouvaient appliquer eux-mêmes la charia, la loi islamique, à condition de déposer les armes. Mais rapidement, les talibans ont conquis les régions voisines, estimant que le texte s'appliquait au-delà de la vallée de Swat. Mi-avril, ils ont pris le contrôle du district de Buner, au sud de Swat. Puis ils se sont infiltrés dans les régions voisines de Lower Dir et de Shangla.

«Le gouvernement obligé de réagir»

«Le gouvernement était obligé de réagir», juge Talat Masood, général pakistanais à la retraite, qui ajoute: «Les autorités donnaient l'impression d'être dépassées par la situation et de manquer de fermeté. Les Américains ont commencé à exprimer leur crainte de voir la bombe atomique pakistanaise tomber entre les mains des extrémistes. Ça ne pouvait pas durer». Pour contrer les fondamentalistes, l'armée a donc investi Lower Dir, Buner puis Swat.

Armée contre guérilla

Enfin, jeudi dernier, le Premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani, a prononcé un discours retransmis en direct sur les chaînes de télévision. La mine sombre et d'une voix ferme, il a accusé les talibans de vouloir «soumettre le Pakistan» et d'avoir, malgré l'accord, «poursuivi la lutte armée. Les autorités ont demandé à l'armée d'éliminer les terroristes». Fort de cet appui, le lendemain, l'armée a intensifié son offensive à Swat. Mais elle n'est pas entraînée à lutter contre une guérilla. «Les militaires ont besoin de lunettes de vision nocturne, d'hélicoptères et d'un entraînement à la lutte anti-insurrectionnelle», estime un analyste militaire pakistanais. Depuis que l'armée a attaqué les talibans, elle n'a pas réussi à éviter les «bavures». Les habitants qui ont quitté la région racontent tous la même histoire: «Les hélicoptères et les mortiers de l'armée ont bombardé ma ville et mes voisins ont été tués. Avec ma famille, nous sommes partis précipitamment en profitant d'un couvre-feu de quelques heures», explique Gulab Saher, un boucher originaire de Mingora, la capitale du district de Swat.

Attentats suicides

Difficile aussi pour les militaires d'empêcher les combattants talibans de se mêler aux réfugiés pour échapper à l'armée et mener des attentats suicide dans d'autres régions du pays. Dimanche, un kamikaze a foncé avec une voiture piégée sur un barrage des forces de sécurité dans la région de Peshawar, à 150km de la capitale Islamabad, tuant dix personnes.

  • Eric Faure

La colère gronde parmi les déplacés

Les tentes sont alignées à perte de vue, en plein soleil. Et entre les rangées, des réfugiés errent, les habits sales et la mine épuisée. Le camp de Jalala, à 40km de Peshawar, la grande ville du Nord du Pakistan, accueille 20.000 déplacés. Ici, il n'y a pas d'eau courante, pas d'électricité et pas de toilettes. Pour recevoir de la nourriture ou des couvertures, il faut faire la queue sous une température de 40 degrés. ?? Jalala, les ONG ont été surprises par l'ampleur de l'exode et ont du mal à faire face. «Le gouvernement pakistanais nous a laissé trop peu de temps pour nous préparer. On manque de nourriture, de médecins...», déplore le responsable d'une organisation humanitaire. Cette désorganisation accentue la fatigue nerveuse des déplacés, très en colère contre leur gouvernement. «Je n'ai pas de problème avec les talibans, s'exaspère Orangzeb Adil, un ouvrier de Swat qui a fui avec sa femme et trois enfants. Avant les combats, on vivait en paix et tout allait bien. Je ne comprends pas pourquoi l'armée a lancé une offensive». Un autre déplacé ajoute: «L'armée ne cible pas les talibans, elle s'en prend aux civils, bombarde nos maisons, impose un couvre-feu qu'elle ne suspend que quelques heures par jour». Et ici, personne ne prend au sérieux les déclarations du Premier ministre, Youssouf Raza Gilani, qui a promis unmilliard de roupies (dixmillions d'euros) pour aider les déplacés. «Il suffit de regarder nos conditions de vie pour comprendre que cet argent n'est pas arrivé, gronde Hamaid, un déplacé de 32 ans. Notre gouvernement nous traite comme des délinquants!» Dans un discours prononcé à la télévision, jeudi dernier, le Premier ministre avait tenté de persuader les Pakistanais du bien-fondé de l'offensive militaire. Mais, à Jalala, il n'a pas convaincu.
  • E.F.

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