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Benoît XVI en Israël. Des mots qui ont déçu [Video]

12 mai 2009

Le pape Benoît XVI a fermement condamné hier l'antisémitisme et le négationnisme lors de sa visite dans l'Etat hébreu. Mais ses mots, dénués d'émotion, selon des Israéliens, ont laissé un goût amer.

Au mémorial Yad Vashem, le souverain pontife s'est recueilli dans la Crypte du Souvenir. A l'arrière-plan, à gauche, l'ancien grand rabbin d'Israël, Meïr Lau, rescapé du camp de Buchenwald. Photo AFP

De notre correspondante en Israël.
C'est là où il était le plus attendu que le pape a le plus déçu. Son discours à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, a laissé un goût amer aux Israéliens. «Il semblait indifférent, il ne l'était sans doute pas, mais son ton l'était. Il n'a pas réussi à faire passer l'émotion. Son discours sur l'universalité était, je suis navré de le dire, très banal», remarque le professeur Robert Wistrich, de l'université hébraïque de Jérusalem. Un journaliste de la télévision israélienne commentant la cérémonie sur place à Yad Vashem soulignait, lui, que Benoît XVI «n'a pas utilisé une seule fois le mot nazi pour désigner les responsables de la Shoah.» Après son discours, le pape est retourné s'asseoir. A ses côtés, le président Shimon Peres, qui semblait comme figé. Le Saint-Père, quant à lui, le regard baissé, avait l'air mal à l'aise.

Deux destins

A la télévision israélienne, le rabbin Meïr Lau, ancien grand rabbin d'Israël et président du conseil de Yad Vashem, sans animosité particulière à l'endroit du pape, avoue toutefois qu'il attendait des mots qui n'ont pas été prononcés. Puis il évoque l'entretien personnel rapide qu'il a eu avec Benoît XVI. Le rabbin Lau a rappelé au pape leurs deux destins - «celui de l'enfant que j'étais à Buchenwald pendant que, lui, Joseph Ratzinger, vivait son histoire de son côté» - mais qu'aujourd'hui ils se retrouvaient tous les deux à Jérusalem, chacun dans leur rôle, l'un rabbin, l'autre pape. En guise de réponse, le Saint-Père a souri.

Dans la continuité de Jean Paul II

Pourtant le pape avait agréablement surpris les Israéliens, samedi, lors de son discours sur le Mont Nebo en Jordanie. Benoît XVI avait souligné le «lien inséparable entre l'Eglise et le peuple d'Israël». Il se plaçait ainsi dans la continuité parfaite de Jean Paul II qui avait eu cette fameuse formule de «nos frères aînés» en parlant des juifs. Cette continuité existe sur le plan théologique - le cardinal Ratzinger, devenu pape depuis, était d'ailleurs très étroitement associé aux décisions de Jean Paul II en la matière - mais cela ne l'est pas sur le plan humain. Le pape n'a pas réussi à trouver les mots qui auraient fait oublier son passé dans les jeunesses hitlériennes et dans la Wehrmacht. Or, ce passé est pour certains, toujours très douloureux. Hier matin, un chauffeur de taxi, disait de manière brutale mais claire: «Qu'est-ce qu'on avait besoin ici de quelqu'un qui a participé à la Shoah ?». Pour Uwe Graëbe, pasteur luthérien responsable de la communauté germanophone de la Terre Sainte, «ces réactions sont compréhensibles. On ne peut se couper de son histoire». Ni les juifs, ni Joseph Ratzinger. Sur le net : htttp://www.jerusalem-religions.net

  • Catherine Dupeyron

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