9 mai 2009
La quinzaine du commerce équitable s'ouvre aujourd'hui. Si sa croissance est forte depuis une décennie, ce secteur souffre de l'absence de label unique... et de la crise qui pourrait freiner l'esprit solidaire des consommateurs.
1. Trop de labels
En France, Max Havelaar labellise près de 90% des produits issus du commerce équitable en France, dont le café Malongo, en fonction de son propre cahier des charges basé sur un prix minimum garanti au producteur. Pour obtenir ce label, les coopératives agricoles paient entre 2.000 et 10.000dollars. Les nombreux autres organismes comme BioEquitable, Step ou Artisans du Monde, fonctionnent avec des approches qui leur sont propres et soutiennent que, grâce à eux, les paysans et artisans du sud gagnent mieux leur vie. Aucun des produits présentés comme équitables n'est garanti par un organisme public ou indépendant. Une Commission créée en 2006 devait organiser le commerce équitable en France mais ses membres ne se sont jamais réunis et les produits estampillés «équitables» se multiplient dans les magasins, au risque de désorienter le consommateur. Les blocages seraient liés à certains grands acteurs du secteur qui ne souhaitent pas qu'on leur impose un nouveau mode de fonctionnement, selon des sources proches du dossier.
2. Des critères trop flous
Dans son étude de 2006, la Direction générale de la concurrence et des fraudes avait identifié des anomalies liées notamment à la qualité et à la sécurité des produits équitables. Elle s'était également interrogée sur l'établissement d'un seuil minimal acceptable, après avoir noté que certains produits comprenaient moins de 25% d'ingrédients équitables.
3. Une solidarité qui pourrait souffrir de la crise
Si les ventes de produits équitables ont fortement progressé depuis le début des années 2000, Max Havelaar s'attend à un ralentissement de la croissance de ce marché cette année. Il table tout de même sur une progression de 10% en 2009 par rapport à 2008 (+22% en 2008). «Avec la crise, les gens font particulièrement attention à leurs bourses, or les produits équitables sont plus chers que les autres produits», reconnaît Laurent Levard, directeur d'Artisans du monde, premier réseau de distribution de produits équitables en France. Longtemps réservé à des circuits de distribution «parallèles», le commerce équitable doit aujourd'hui l'essentiel de son développement à la conversion de la grande distribution. «La grande distribution utilise le commerce équitable pour dire qu'elle a un comportement citoyen, mais elle continue à avoir des comportements inéquitables sur 99% de son chiffre d'affaires», fustige Laurent Levard. «La grande distribution, c'est la manière la plus facile de vendre ce type de produits au plus grand nombre de consommateurs. Si ce commerce s'est développé, c'est certainement grâce à la grande distribution», soutient à l'inverse Sandrine Mercier, responsable du développement durable chez Carrefour France.
De multiples associations et labels se prévalent en France du commerce équitable. Voici les plus importants. Créée en 1997, elle regroupe 39 organisations et affirme réaliser près de 90% du commerce équitable en France. Elle comprend des importateurs (Solidar'Monde), des points de vente spécialisés (Artisans du Monde), des associations de labellisation (Max Havelaar), des structures de solidarité internationale (Handicap International), des opérateurs de tourisme équitable (Croq'Nature). Ses membres adhèrent à une Charte du commerce équitable. De très loin le plus connu des labels de produits, créé en 1993. Il se réfère aux normes internationales de l'Organisation de labellisation du commerce équitable, qui garantit notamment un «juste prix» aux producteurs, des conditions de travail décentes, des relations commerciales durables et des méthodes de production respectueuses de l'environnement. Fédération créée en 1981 comptant 160 points de vente en France. Elle soutient 124 groupements de producteurs de 43 pays d'Afrique, Asie et Amérique latine. Elle se réfère aux normes de l'International Fair Trade Association, qui excluent les grandes surfaces. Un réseau de producteurs regroupant une centaine d'organisations, entreprises ou coopératives, créé en 1999. Elle se réfère à un cahier des charges qui engage ses membres à «éviter les circuits spéculatifs» des grandes surfaces et à veiller à l'équité dans l'ensemble de la filière, transformateurs et fournisseurs compris.
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