8 mai 2009
Les élections européennes divisent la majorité briochine. Le premier adjoint, Alain Cadec, a annoncé sa candidature sur la liste UMP, alors que le maire, BrunoJoncour, est sur la liste du MoDem.
Qui aurait dit que la guéguerre qui oppose actuellement, au plan national, le président de la République, Nicolas Sarkozy, et le porte-parole du MoDem, François Bayrou, aurait des répercussions briochines? Une chose est sûre en tout cas: hier, Alain Cadec a rencontré Bruno Joncour pour lui annoncer sa candidature aux prochaines élections européennes, comme numéro trois sur la liste présentée dans l'Ouest par l'UMP. Or, en février dernier, le maire de Saint-Brieuc avait officialisé sa place de numéro deux sur la liste du Mouvement Démocrate (MoDem) menée dans l'Ouest par Sylvie Goulard, pour ces mêmes élections.
«Cohérence» et «élégance»
Une concurrence loyale ou déloyale? La réponse à la question dépend bien sûr de la couleur politique de chacun. Ceci dit, cette nouvelle est plutôt mal perçue par le maire qui, lors des dernières législatives, ne s'était volontairement pas présenté pour préserver la cohésion de la majorité municipale. Et, aussi, pour laisser toutes ses chances à son premier adjoint qui affrontait Danielle Bousquet, la députée(PS) sortante qui fut malgré tout réélue. Bruno Joncour avait même obtenu l'accord de François Bayrou pour cette exception costarmoricaine: le MoDem avait présenté un candidat dans toutes les autres circonscriptions des Côtes-d'Armor, comme l'exigeait son porte-parole national. Le 21mai 2007, dans une déclaration officielle, le maire de Saint-Brieuc motivait son choix pour des raisons de «cohérence» et d'«élégance», en se situant «au-delà des considérations partisanes». Et, le soir des résultats, il était même venu réconforter le candidat UMP battu, lui manifestant publiquement «son amitié».
Le premier adjoint a plus de chance d'être élu
Évidemment, cette concurrence aux européennes va peser fortement sur la vie municipale briochine: la candidature d'Alain Cadec risque d'entamer les relations de confiance indispensables entre le maire et son premier adjoint. Le premier ira-t-il jusqu'à modifier la composition de sa municipalité? Hier, Bruno Joncour ne semblait pas l'exclure en parlant «d'une certaine forme de trahison» (lire ci-dessous). Car, si cette éventualité n'est pas encore à l'ordre du jour, on imagine mal les deux hommes faire comme si de rien n'était... Et ceci, même, s'ils peuvent espérer obtenir chacun un siège au Parlement européen. Cette probabilité est en tout cas plus forte pour Alain Cadec, qui devrait alors abandonner l'un de ses mandats, car il ne pourra cumuler les sièges de député européen, de conseiller général, et d'élu du conseil municipal. En attendant, dans le petit monde politique briochin, et plus particulièrement dans les rangs de l'opposition de gauche, cette nouvelle fait déjà sourire ceux qui s'y connaissent en «coup de Jarnac».
Le maire de Saint-Brieuc est très clair à propos de la décision de l'appareil UMP de présenter un candidat de Saint-Brieuc aux élections européennes. «Quand on connaît la composition de la liste MoDem, c'est une provocation de plus, qui se situe dans la stratégie nationale anti-Bayrou. On se souvient que Nicolas Sarkozy était venu à Pau, aux municipales, investir le candidat socialiste contre François Bayrou. C'est une manifestation de plus de la volonté de l'UMP d'empêcher François Bayrou d'exister. «Qu'Alain Cadec l'accepte, c'est autre chose. Cela relève d'une décision personnelle et, de ce point de vue, je considère cela comme un mauvais coup, surtout quand on connaît ma position lors des dernières législatives», affirme Bruno Joncour. «On est dans l'hypocrisie la plus totale, sur le plan local et personnel. Cette décision ne correspond pas à l'idée que je me fais d'une certaine éthique qui, au-delà des considérations partisanes, doit tenir compte d'un certain nombre de valeurs: la loyauté, la confiance, la fidélité, voire l'amitié.Je ressens cette décision comme une certaine forme de trahison».
Le bureau politique de l'UMP a adopté, hier, les listes de la majorité présidentielle aux européennes. Pour la zone Ouest, les deux premières places sont, comme prévu, attribuées à Christophe Béchu, président du conseil général de Maine-et-Loire, et Elisabeth Morin, conseillère régionale de Poitou-Charentes. Alain Cadec, conseiller général des Côtes-d'Armor et premier adjoint au maire de Saint-Brieuc, apparaît en troisième position. ?? la quatrième place, on retrouve Agnès Le Brun, conseillère générale du Finistère et maire de Morlaix.
Pour le premier adjoint au maire de Saint-Brieuc et conseiller général, cette candidature ne relève pas d'un choix personnel. «C'est ma formation politique qui a souhaité que je me présente aux élections européennes. L'UMP a considéré que j'avais une légitimité populaire, j'ai été réélu conseiller général dans un canton difficile. Ma formation a aussi considéré que j'avais une légitimité interne puisque je suis conseiller national de l'UMP». Bref, Alain Cadec, l'affirme haut et clair: «Il a été sollicité» par Paris. Il a attendu hier pour prévenir le maire de Saint-Brieuc de sa décision. «Je ne pouvais le faire avant la décision de la commission nationale d'investiture», explique-t-il. Interrogé sur la réaction de Bruno Joncour, Alain Cadec ne veut pas faire de commentaire. «C'est à lui qu'il faut poser la question». De même, quand on lui demande si sa candidature ne risque pas de diviser la majorité municipale, le premier adjoint ne veut pas y penser. «Je ne mélange pas les affaires municipales et européennes qui sont un scrutin de liste.Il s'agit d'élections tout à fait différentes». Alain Cadec le reconnaît, sa position de numéro trois lui donne de bonnes chances d'être élu député européen dans quelques semaines. Il lui faudra alors choisir entre ce nouveau mandat et ceux d'élu municipal et de conseiller général. Sa décision n'est pas encore prise. «Tout ce que je peux dire, c'est que je suis très attaché à ma ville».
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