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Musique

Samuel Le Bihan. «Pas de plan de carrière »

6 mai 2009

Du jeudi 14 au dimanche 17 mai, Samuel Le Bihan retrouvera Plougastel-Daoulas où il a vécu de belles années lorsqu'il était ado. L'acteur est le parrain du nouveau festival «Les Feux de l'Humour». Il présidera le jury du tremplin d'humoristes et est également le producteur et le co-auteur de «Demaison s'envole», à l'affiche le samedi.

Le comédien sur les fauteuils rouges de l'Avel Vor à Plougastel, salle dont il est le parrain depuis l'ouverture en 2005. <br/>Photos F.J.

Vous êtes doublement parrain à Plougastel: de l'espace culturel Avel Vor depuis sa création il y a quatre ans, ainsi que du festival «Les Feux de l'Humour» dont la première édition aura lieu du 14 au 17 mai. Pourquoi avez-vous accepté ces deux rôles ?
D'abord parce qu'on me les a proposés (rires). C'est extrêmement touchant, et c'est un honneur. Ça avait du sens pour moi d'accepter. J'ai grandi à Plougastel, mon père y habite. J'ai plein de souvenirs attachés à cette ville. Cela m'offre un bon prétexte pour y revenir, en parler, voir comment elle évolue.

Quels souvenirs conservez-vous de vos années plougastellen ?
Elles correspondent à mon entrée dans l'adolescence. On quittait la région parisienne pour habiter la commune d'origine de mon père. Il y avait été marin-pêcheur, son père aussi, mon arrière-grand-père y fabriquait des voiles... C'est une famille de marins. Moi, à quinze ans, je découvrais les copains, les filles, les bêtises, la musique, la vie ! Plougastel était un lieu formidable, où, avec une mobylette, on devenait le roi du monde. Je n'hésitais pas à faire 100 km aller-retour dans la journée pour aller à une boum. J'ai le souvenir de moments extrêmement privilégiés. Il ne faut pas grand-chose pour être heureux : juste des sensations. Le mélange de nature et de convivialité me correspondait parfaitement. À Plougastel, je ne m'ennuyais jamais, il y avait toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Contrairement à la vie en banlieue d'où je venais, où il n'y a rien pour les jeunes qui tournent en rond.

Avez-vous hésité avant d'accepter le parrainage des «Feux de l'Humour» ?
Non, parce que la demande n'était pas incongrue : j'ai joué dans des comédies, je suis producteur de spectacle comique, ça prenait vraiment du sens. Alors voilà, on fait une vraie concurrence au Festival de Cannes. Ils vont souffrir un peu cette année sur La Croisette, mais il faudra s'adapter, parce que c'est à Plougastel que ça se passe (rires) !

Un des spectacles-phare du festival sera «Demaison s'envole», le samedi. Comment avez-vous été amené à produire et co-écrire ce stand up de François-Xavier Demaison ?
Absolument par hasard. Mon avocat, qui travaillait dans un gros cabinet à l'époque, m'a convaincu d'aller voir un collègue de bureau qui faisait un spectacle. J'ai accepté pour être gentil en me disant que j'allais m'emmerder. Et en vérité, pas du tout ! J'avais en face de moi un mec de grand talent. Alors, à la fin, je lui ai proposé de le produire. Sans trop savoir ce que ça voulait dire parce que la société de production que j'avais montée visait surtout le cinéma. Le spectacle de François-Xavier était bien, mais il fallait réécrire autre chose, partir sur d'autres bases, être beaucoup plus insolent, décalé. Il aurait pu se draper dans son orgueil d'auteur, mais il a eu l'intelligence d'accepter de tout reprendre à plusieurs. Une excellente idée parce qu'on en a sorti un spectacle vraiment formidable : il a rempli les salles parisiennes plus de 300 fois, fait plus de 150dates en province dans des salles énormes, cartonné à l'Olympia. Autant, il y a quatre ans, j'aurais trouvé la programmation de ce spectacle à l'Avel Vor prématurée, autant il y mérite sa place aujourd'hui.

Privilégiez-vous un certain type d'humour ?
J'aime l'humour exigeant. Je ne suis pas très sensible à l'humour un peu facile, un peu vulgaire. Pour écrire, j'en connais un peu les arcanes. C'est simple de choquer, de provoquer, mais je trouve que ce sont des ressorts comiques de moindre exigence. J'aime ce qui est travaillé, ce qui est proche de la folie. Comme les personnages de Valérie Lemercie par exemple : leur folie est leur poésie, c'est ce décalage qui crée l'humour.

Quelles sont vos autres activités de producteur ?
J'ai produit un film de Martin Cognito qui s'appelle «Exes», avec Abel Ferrara, Grégoire Colin, Tom Novembre. C'est un film d'auteur, très confidentiel. Sinon, on a développé beaucoup de polars, assez ambitieux. Mon défaut dans ma volonté de produire, c'est d'être allé tout de suite sur des films qui me faisaient rêver alors qu'il fallait déjà que je fasse mes preuves de bon producteur, capable de créer des succès. Aujourd'hui, j'ai fait mes armes sur l'humour et c'est le domaine où l'on m'accorde le plus de compétence. Canal Plus m'écoute avec davantage d'attention si je dis avoir l'idée d'un film humoristique plutôt que d'un polar ficelé. Du coup, on développe plus des comédies. Je suis en train d'en écrire une où François-Xavier Demaison jouera, évidemment.

Et vous-même ?
Non. En fait, j'aimerais le réaliser, être derrière la caméra.

Reste-t-il de la place à l'acteur Samuel Le Bihan dans votre agenda bien rempli ?
Bien sûr ! Récemment, il y a eu «Disco», «L'ennemi public nº 1», «Claude Gueux» pour la télé. C'est vrai qu'en portant plusieurs casquettes je m'étais un peu éloigné du métier de comédien, mais j'y retourne de plus en plus. Je suis en train de tourner pour «Braquo», une série formidable qu'Olivier Marchal a écrite pour Canal Plus. Il a fait les quatre premiers épisodes. Frédéric Schoendoerffer tourne les quatre suivants où je joue. Ce sont des histoires de flics qui flirtent avec la légalité, d'abord pour essayer de sauver un pote, puis vite pour se sauver eux-mêmes. Je vais ensuite tourner un film réalisé par Roselyne Bosch. Il s'appelle «La Rafle». Je joue un pompier qui va aider une famille juive prisonnière du Véld'Hiv. Il s'agit d'un film bouleversant, un très beau témoignage sur une période trop mal connue. On ne mesure pas le degré de violence et d'inhumanité alors atteint. Cela s'est passé il y a plusieurs décennies, en 1942, mais il faut garder à l'esprit qu'on n'est pas à l'abri de devenir des bêtes. Notre humanité est très fragile : il faut se battre pour la conserver.

Jusqu'à maintenant, quels ont été vos rôles-clés au cinéma ?
Les premiers films très importants pour moi ont été «Capitaine Conan» et un téléfilm, «Combat de femmes», qui m'a ouvert beaucoup de portes. «Vénus Beauté» a été un autre moment marquant de ma carrière. Mais c'est avec «Le pacte des loups» que j'ai découvert le vrai gros succès. Celui qu'on a presque du mal à maîtriser parce que c'est violent. Tout à coup, j'étais devenu une valeur, un acteur «bankable». Après ce film-là, on attendait que je fasse des entrées. Seulement, c'est un rôle que je ne souhaitais pas forcément porter : j'avais encore envie de faire des expériences en tant qu'acteur. Comme dans «Trois zéros» par exemple. J'y ai un rôle de benêt, un peu simplet, mais j'ai adoré faire ce personnage. Je suis passé par le théâtre de rue, la Comédie-Française, sans avoir jamais eu de plan de carrière. J'avais très peur d'être enfermé dans une idée bourgeoise de mon métier. Si je suis devenu artiste, c'est d'abord parce que j'avais une profonde envie de liberté.

Vous êtes un artiste engagé. Depuis quand oeuvrez-vous pour Action contre la faim ?
J'en suis administrateur depuis deux ans et travaille avec l'association depuis cinq ans. Pour elle, je suis allé au Darfour, au Libéria... En ce moment, je monte une nouvelle action qu'on va faire à Cannes et qui s'appelle «No Hunger». Le concept, c'est de motiver les gens à signer une pétition demandant à Al Gore de faire un film sur la faim, comme il l'a fait sur le réchauffement climatique. Manger, c'est comme respirer, c'est un droit fondamental. On sait que la terre a les moyens d'alimenter douze milliards de personnes. On est six milliards et les spécialistes s'accordent à dire que la croissance se stabilisera à neuf milliards. La faim est due à des causes perverses de guerre ou d'économie. Ce sont celles-là qu'il faut endiguer. Ce combat fait partie de ma vie.

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon

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