5 mai 2009
Gérard Perrot, l'homme soupçonné d'avoir mortellement frappé son voisin Pierre Le Duigou, samedi soir à Duault, a été mis en examen pour homicide volontaire hier. L'agriculteur a ensuite incarcéré à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc.
«La victime n'a pas encore été enterrée. Si vous rejoignez votre domicile ce soir, personne ne comprendra. Ni la famille de M.Le Duigou, ni les gens du voisinage. C'est trop délicat de vous faire retourner dans cette commune». 20h hier. Alain Sadot, le juge des libertés et de la détention, vient de signifier à Gérard Perrot qu'il n'a pas d'autre choix que de le placer en détention. «L'ordre public a été troublé», ajoute le magistrat, avant de parler d'un «gâchis abominable». Samedi dernier, aux environs de 20h, dans un chemin communal de Duault, cet agriculteur âgé de48 ans a frappé à mains nues l'homme qui, dit-il, lui rendait «la vie impossible». Des coups assénés à l'abdomen avec une telle violence que Pierre Le Duigou, 68 ans, mourra quelques minutes plus tard d'une hémorragie interne. «S'il avait simplement voulu faire mal, il aurait tapé moins fort», indiquait, hier, Annie Bonneau, substitut du procureur de la République de Saint-Brieuc, pour justifier la qualification d'homicide volontaire retenue par le parquet de Saint-Brieuc.
Le procureur de Guingamp avait été alerté
En conflit depuis des années pour une affaire de droits de passage sur un terrain agricole, les deux agriculteurs entretenaient des rapports exécrables. À tel point qu'en avril dernier, après une tentative de conciliation, le maire de Duault s'était fendu d'une lettre au procureur de la République de Guingamp pour l'alerter d'une situation «à haut risque» et d'un «niveau de tension extrême». Selon Annie Bonneau ce conflit serait né de la volonté de Pierre Le Duigou de récupérer des chemins lui ayant appartenu il y a plusieurs décennies, mais qui n'existaient plus depuis 1966. Et d'après, les premiers témoignages recueillis par les enquêteurs, difficile de se faire une opinion sur les torts de l'un et l'autre, tant la population de Duault semble divisée sur le sujet. Reste qu'hier, à Saint-Brieuc, dans le bureau du juge d'instruction, puis ensuite devant le juge des libertés et de la détention, Gérard Perrot, la main bandée, n'a eu de cesse de revenir sur cette querelle. Répétant à l'envi que son voisin agriculteur venait la nuit commettre des dégradations sur ses terres, qu'il avait averti les gendarmes à de nombreuses reprises et qu'il se sentait abandonné par la Justice, Gérard Perrot a également clamé à plusieurs reprises que sa vie était «terminée».
«Comment va faire la mère de M.Duigou?»
Marié et père d'une fille de 15ans, Gérard Perrot a été décrit par son avocat comme un homme «dur à la tâche», «passionné par son métier» et vivant «très modestement». «Il va être obligé de vendre ses terres et son cheptel (200 têtes de bétail) s'il part en prison», a avancé MeGraïc pour tenter de convaincre le juge de ne pas envoyer son client en détention provisoire. Mais le magistrat en a décidé autrement. Et avant de laisser partir Gérard Perrot pour la maison d'arrêt de Saint-Brieuc, Alain Sadot a tenté d'ouvrir les yeux d'un homme encore et toujours aveuglé par son conflit de voisinage. «Je sais que votre placement en détention va avoir des conséquences terribles pour vous et votre famille. Mais comment va faire la mère de M.Le Duigou avec qui il vivait? Il était son seul soutien».
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