3 mai 2009
En février1962, John Kennedy demande discrètement à Pierre Salinger, un de ses collaborateurs, de lui acheter un stock de cigares cubains, bagués Upman. Il vient de signer l'embargo, et il sait que ses havanes favoris seront bientôt indisponibles. Le blocus a donc été imposé à Cuba par un président démocrate, et il pourrait bien être levé par un autre président démocrate. Au début des années 1970, le secrétaire d'État Henry Kissinger avait déjà entamé des contacts secrets avec Cuba, comme il le fit avec la Chine de Mao. Mais cette tentative de rapprochement entre les deux pays s'arrêtera brutalement en 1975, à cause de l'envoi par Castro de soldats cubains en Angola. L'Amérique républicaine resserre alors ce que l'on appelle à LaHavane le «bloqueo».
Les premiers fournisseurs sont américains
Depuis, le blocus n'a fait qu'être allégé, à tel point qu'aujourd'hui les Etats-Unis sont le cinquième partenaire de Cuba, derrière le Venezuela, la Chine (qui était au 6e rang en 2004), le Canada, et l'Espagne. L'embargo a même été levé sur les médicaments et l'agro-alimentaire. Et les premiers fournisseurs pour l'alimentation des Cubains sont... les Américains avec 437millions de dollars en 2007. Les ponts sont donc loin d'être coupés entre LaHavane et Miami distants de 170km. Bien au contraire, on compte deux vols par jour entre les deux villes, remplis d'hommes d'affaires et de diplomates, tandis que 20.000 Cubains par an émigrent légalement aux Etats-Unis au nom du rapprochement des familles. Et la section des intérêts économiques américains, qui tient lieu d'ambassade à LaHavane, est plus que jamais active. Surtout depuis l'élection de Barack Obama. Le Congrès américain a voté début mars un allègement des restrictions sur les voyages à Cuba pour les citoyens d'origine cubaine, soit 1,5million de personnes. Ils pourront s'y rendre une fois par an, au lieu d'une fois tous les trois ans, et dépenser autant qu'ils veulent, contre 50dollars actuellement. Pour le reste, seuls les Américains ayant une raison valable dans le domaine commercial, sportif, culturel ou religieux peuvent obtenir un visa pour se rendre sur l'île. Washington attend ensuite un «engagement ferme» de Cuba en faveur des droits de l'homme et des 200 prisonniers politiques avant d'aller plus loin.
Raul Castro attend un geste
Face à la main tendue du président américain, le général Raul Castro s'est déclaré «prêt à discuter de tout», mais affirme que c'est aux Etats-Unis de faire «un geste» à l'égard de son pays sous embargo. Bref, le pas de deux ne fait que commencer.
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