28 avril 2009
Des employés sous le choc, deux tiers du bâtiment touchés par la fumée et les suies, d'importants dégâts matériels autour du laboratoire d'analyse et d'expérimentation. Le coup est rude pour le Cedre, après l'incendie dela veille.
La cinquantaine de salariés du Cedre s'en remettra. Mais dieu que le coup est dur pour les personnes attachées depuis des années, parfois des décennies à ce laboratoire spécialisé. Des milliers de données, des échantillons, des dossiers sont à reconstituer, quand les flammes ne les ont pas définitivement emportés. Le feu serait parti d'un vulgaire frigo où étaient entreposés des échantillons d'hydrocarbures. Le frigo le plus neuf du labo. D'après les spécialistes, cela devait couver depuis un certain temps. Flammes directes ou violentes explosions? Difficile de savoir comment le feu s'est propagé aux 150m² de locaux. Lesvitres ont explosé sous l'effet de la chaleur, la fumée et les suies sont montées jusqu'aux étages, s'insinuant partout. Les petites quantités d'hydrocarbures et de solvants stockées à droite et à gauche ont nourri l'incendie. Tous les ordinateurs, les analyseurs (infrarouge) et surtout les deux machines qui permettent d'étudier finement les échantillons de pétrole (endissocier et découper les molécules) sont à remplacer. L'alimentation électrique et l'ensemble de la connectique informatique sont à reprendre dans l'ensemble de l'aile sud. Pire, les experts vont devoir se prononcer sur l'état structurel du bâtiment et la solidité de la dalle soumise à rude épreuve sous le coup de la chaleur. La disparition de l'équipement informatique est chiffrée à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les deux chromatographes en phase gazeuse qui permettent une analyse fine des produits sont estimés à 200.000 EUR pièce. Le dernier avait été acheté l'année dernière. Il était trois fois plus puissant que le premier et rendait des services inestimables aux spécialistes du labo. Plus navrant encore, la disparition probable des larges banques de données qui, depuis 30 ans, accumulaient les signatures de milliers d'échantillons recueillis le long des côtes bretonnes et parfois bien plus loin.
À quelques semaines de l'anniversaire
«Nous espérons récupérer certains éléments», expliquait hier le directeur adjoint, Christophe Rousseau. Plus symbolique, presque affectif, la perte des échantillons préservés depuis les plus grandes pollutions bretonnes où ont oeuvré sans relâche les spécialistes du Cedre depuis 30 ans. «Nous nous apprêtions à les montrer au public à l'occasion de nos30 ans fêtés le 19juin prochain». Il faudra également reconstituer le stock d'échantillons confiés par les entreprises et les différents instituts clients du Cedre. Les deux tiers du personnel ont dû déménager dans l'aile épargnée. Ceux qui peuvent travailler avec un ordinateur portable sont restés à la maison. Globalement, le Cedre a repris son activité hier, même s'ils étaient nombreux à marquer le coup toute la journée.
Les deux principales machines qui ont été perdues permettaient d'analyser finement les hydrocarbures prélevés sur les lieux de pollution et de réaliser des échantillons test. En cas de nouveaux rejets à la mer, il est essentiel de savoir si ces produits proviennent d'une source polluante connue (un navire qui continue de fuir) ou d'une toute nouvelle source de pollution. Ces «décortiqueurs de molécules», relativement complexes et difficiles à paramétrer, permettent d'établir précisément les échantillons de références, qui feront autorité des années après la catastrophe. Après ce sinistre, la question principale est de savoir si les banques de données contenues dans ces machines sont réellement récupérables. Les sept personnes attachées au laboratoire (entre dix et 15 en comptant les thésards et les stagiaires réguliers) ne pourront plus, jusqu'à nouvel ordre, tester l'efficacité des produits utilisés dans la lutte contre les pollutions. Ni analyser la réaction et le vieillissement des hydrocarbures produits ou utilisés par leurs clients. Leur travail permet également d'affiner les caractéristiques physico-chimiques des différents hydrocarbures pour les traiter plus efficacement en cas de pollution accidentelle. «En cas de crise majeure, sinous avons besoin d'analyser un produit au plus vite, nous nous appuierons sur les services qui réalisent ce genre d'analyses et notamment le laboratoire de la Marine (Lasem)», continue le directeur adjoint, Christophe Rousseau. Il faudra des mois pour que le Cedre retrouve sa configuration antérieure. «Cependant, tous nos services sont prêts à fonctionner. Nous ne sommes pas opérationnels pour analyser finement des échantillons d'hydrocarbures mais le reste de nos équipes peut faire face, dès demain, à une pollution majeure».
Organisation unique dans le monde, le Cedre compile de nombreuses expérimentations de lutte contre les pollutions par hydrocarbures menées à travers le monde. Son siège est à Brest. En plus de l'archivage, s'ajoute une réelle compétence de terrain, puisque, régulièrement, ses spécialistes sont invités à apporter leur expérience sur les échantillons et les sites pollués. Une aire d'expérimentation grandeur nature (une plage et un bassin profond) est déployée sur son site brestois qui regroupe la plus grande partie de son effectif. Le centre compte une cinquantaine d'employés à Brest et deux délégués basés à Toulon et aux Antilles. Son budget approche les 4,5M??? annuel, avec un montage, à la fois, institutionnel et industriel, la moitié de ses ressources émanant de subventions et de contrats passés avec les membres de l'association ou des organismes publics (ministère de l'??cologie) et professionnels. Depuis sa création en 1978, leCedre a apporté son expérience et ses compétences lors des dernières et diverses pollutions par hydrocarbures (Prestige, Erika...). Son service assure une veille et une disponibilité 24heures sur 24, sous l'ordredes autorités locales et nationales.
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