27 avril 2009
Première transat pour François Gabart et premier podium. Le skipper Espoir Région Bretagne (3e) confirme les promesses de sa première saison sur le circuit Figaro.
Une belle gueule d'ange éclairée d'un sourire permanent, François Gabart respire la gentillesse. Attention, le jeune homme bien sous tous rapports ne fait pas de cadeau sur l'eau. En 2008, ses débuts sur le circuit Figaro avaient été prometteurs: premier de la Solitaire, 3e de la Cap Istanbul. Mais il était conscient qu'on l'attendait un peu au coin de la bouée dans cette transat entre Belle-Ile et Marie-Galante. «Je viens de l'école du dériveur, certaines personnes me disaient: tu verras le large c'est autre chose.» L'intéressé abordait ce baptême océanique sans appréhension et avec un brin d'excitation. Il ne cachait pas son espoir de titiller les favoris. A l'arrivée à Marie-Galante, c'est l'invité surprise sur le podium aux côtés de Gildas Morvan et Erwan Tabarly, juste devant Nicolas Troussel, le tenant du titre pénalisé par un problème de girouette. «C'est énorme, j'ai du mal à réaliser», répétait-il, quelques instants après son arrivée les yeux pétillants de bonheur. Qu'on ne s'y trompe pas, cette troisième place n'a pas été acquise dans la facilité. «Je suis allé la chercher. Pendant trois semaines, je me suis appliqué à faire glisser mon Figaro. Depuis Madère, j'ai négocié chaque vague...»
Séduction et persuasion
Sérieux, gros travailleur, Gabart a préparé ce challenge avec rigueur, s'entraînant sans relâche au centre de Port-La-Forêt. Christian Le Pape, le patron de cette université du Figaro, apprécie le garçon qui a du talent et du caractère: «Il est persévérant et perfectionniste, mais il est aussi persuasif. Il est ambitieux et pressé d'y arriver, mais il a une qualité importante: il est toujours attentif aux autres.» Le directeur de la section Sports Etudes de haut niveau de l'INSA Lyon, dont il a été pensionnaire, cite une anecdote révélatrice de la capacité de séduction: «A l'INSA Lyon, il a été l'un des élèves qui rapportait le plus de taxe d'apprentissage pour le Tornado de l'école». Sur l'eau, il ne manque pas de culot et Gildas Morvan a été impressionné par son audace dans ses trajectoires, notamment quand il a déclenché le premier empannage pour plonger au sud après le Cap Finisterre.
Le bonheur en mer
Au-delà de la performance qui fait l'unanimité, il y a le plaisir d'être en mer. Celui-ci transparaissait lors les vacations où François Gabart n'a jamais exprimé la moindre lassitude ou le découragement qui l'a parfois gagné notamment le dimanche où décalé dans le sud-est, il voyait ses rivaux Tabarly et les nordistes cavaler bien plus vite que lui. «J'étais vert ce jour-là. J'ai pris 40 milles. Je me sentais impuissant. A part ce dimanche-là, tout le reste a été en avant. On a eu de super conditions avec du vent entre 18 et 22 noeuds tous les jours. Dans ces conditions, le bateau avance. Y a de la vie...» Il était ravi d'accoster à Marie-Galante mais il aurait même fait durer le plaisir. «Chaque jour qui passait en mer était un bonheur. Dans la Solitaire du Figaro, plus les étapes sont longues plus j'aime. Cette transat, s'il avait fallu aller jusqu'au Costa Rica, cela me serait bien allé», explique t-il en riant. Quand on aime, on ne compte pas les milles. Cette transat BPE l'a conforté dans son idée qu'il est taillé pour ce métier de coureur océanique. On n'a sans doute pas fini de parler de ce marin mis sur orbite par la Région Bretagne.
Cercle Vert) en 19 j, 14 h 24'12 (moyenne: 7,29n); (Athema) à 4'40; de Morvan; (FRA/Espoir Region Bretagne) à 1 h 02'15; (FRA/Financo) 01 h 39'12''; (FRA/Macif) 3 h 29'59; (FRA/Suzuki Automobiles) 05 h 57'18; (FRA/Gedimat) 10 h 04'53; (FRA/Lenze) 10 h 07'23; (FRA-GER/Synergie) 13 h 41'41; (FRA/Agir Recouvrement) 1 j 01 h 38'14; (FRA/Pays Marie-Galante) 1 j 7 h 00'16; (FRA/CINT 56) 1 j 8 h 02'07; (FRA/Nanni Diesel) 1 j 9 h 28'27. (FRA/Luisna).
Le rideau est tombé hier sur cette édition avec l'arrivée des trois derniers concurrents. La journée a commencé par la fête réservée à Victor Jean-Noël arrivé peu après le lever du jour (6 h 40 locale) et accueilli en héros par une foule où se côtoyaient les supporters marie-galantais enthousiastes, les médias et aussi Miss Guadeloupe. Le jovial skipper guadeloupéen portant les couleurs de Pays Marie-Galante a gratifié ce public d'un show au ponton. Suprême honneur, c'est dans le même char à banc que les deux premiers que Victor a ensuite rejoint le podium accompagné par la foule. Pour Yannig Livory, le franchissement de cette ligne a été une totale délivrance. Arrivé une heure plus tard, le skipper de CINT 56 avait du mal à réaliser qu'il était arrivé au bout de son purgatoire. Privé de moyens de communications depuis le deuxième jour de course, le Lorientais a dû mener sa navigation sans informations météorologiques, ni position des autres concurrents. Non content de devoir naviguer à l'aveugle et sans relations avec l'extérieur, il a mangé froid durant trois semaines, suite à un problème sur sa bonbonne de gaz. Louis-Maurice Tannyères est arrivé un peu plus d'une heure plus tard, bouclant ainsi le livre d'or de cette Transat BPE 2009. L'ancien cadre d'entreprise, reconverti en coureur du large, était encore émerveillé d'avoir pu aller au bout de ses rêves, même s'il avouait avoir espéré pouvoir mieux au niveau sportif. Mais le retard de ces amateurs à sur le vainqueur à Marie-Galante n'est pas si important (1 jour 9h28' pour le dernier).
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