• LeTélégramme.com

Finistère

Henri-Cevaër. A l'aube d'une seconde vie

25 avril 2009

On le pensait définitivement relégué aux oubliettes. Amarré depuis une petite semaine à Port-Launay, sur le canal de Nantes à Brest, l'ancien baliseur Henri-Cevaër, s'apprête à entamer une seconde vie.

René Le Guellec souhaite faire de l'ancien baliseur un mini-yacht confortable qu'il rebaptisera San Corentine. Photo J.-L.P.

Légèrement en retrait de la meute des voiliers anglais, le Henri-Cevaër se révèle bien discret sous le soleil matinal de Port-Launay. Un homme, casquette vissée sur le crâne, émerge soudain du fond de la cale. C'est RenéLeGuellec, habitant Pont-de-Buis depuis peu, et heureux nouveau propriétaire de ce navire qui a marqué l'histoire maritime en Sud-Cornouaille. C'est que du Pouldu à Saint-Guénolé en passant par les Glénan, mais aussi les cours d'eau comme la Laïta, l'Odet, l'Aven ou la rivière de Pont-l'Abbé, cette chaloupe des Phares et Balises en aura parcouru des milles depuis sa mise en service, à Concarneau, en 1962. Chargé de l'entretien et du dépannage du balisage (bouées, tourelles, phares...), le Henri-Cevaër s'acquittait du transport des agents et matériels pour tous les travaux en mer. Jusqu'à la fin du gardiennage, il assurait aussi les relèves des phares de Penfret et des Moutons.

46 années de bons et loyaux services

Mais il y a un an tout juste, l'heure de la quille avait enfin sonné. Après 46 années de bons et loyaux services, la vénérable chaloupe de travail s'éclipsait au profit d'un navire flambant neuf, le Côtes de Cornouaille. Remisé à l'arrière-port de Concarneau, on pensait bien qu'il ne naviguerait plus jamais. D'aucuns prévoyaient même qu'il finirait en pièces détachées. Eh bien non! Le voici entre deux bonnes mains, prêt pour un nouveau départ, une nouvelle histoire. «Je voulais un bateau capable de naviguer dans les mers intérieures», dit René Le Guellec qui est tombé un peu par hasard sur l'offre de sa mise en vente. Le temps de vérifier l'état du bateau, «plus que correct», puis d'arracher le morceau aux enchères pour le prix d'un bon pneumatique, et voici notre ancien marin de la Marine marchande à la tête d'un navire dont la robustesse n'est plus à prouver.

Un an pour le convertir en mini-yacht

Reste, à l'horizon, ce très gros défi: la conversion de ce bateau professionnel en mini-yacht confortable, «capable d'effectuer un parcours maritime entre mers et canaux». Pour l'heure, René Le Guellec s'affaire à enlever toutes les armatures en ferraille rouillées devenues superflues. Il sait qu'il n'est pas au bout de ses peines: il va falloir aussi extraire la grosse caisse à huile qui était reliée à la grue pour soulever les balises. Puis viendra l'heure d'aménager des espaces de vie, des cabines de sommeil et des toilettes. Prévoir des roufs. Installer des capteurs solaires pour pouvoir profiter de l'eau chaude à volonté. Monter la mâture, avant le carénage final prévu à Brignogan, chez Mecamer. Beaucoup d'huile de coude en perspective, un an de travail au bas mot, et le Henri-Cevaër pourra prendre le nom de SanCorentine, en hommage au père de René Le Guellec, Corentin, décédé en 1992. «Je change le nom mais je respecte le passé du bateau. Il faut me comprendre: on part sur une autre histoire, et c'est la mienne». Les âmes grincheuses pourront toujours se consoler, en se disant qu'au moins, le Henri-Cevaër aura évité la casse.

  • Jean-Luc Padellec

© Copyright Le Télégramme 2009