25 avril 2009
Très remonté, l'amiral Pierre-François Forissier, chef d'État-major de la Marine. Hier, lors de sa première visite à la base aéronavale de Lann-Bihoué, nous lui avons posé trois questions... qui ont donné lieu à trois «coups de gueule»!
Plusieurs rapports parlementaires ont pointé les restrictions budgétaires, les mauvaises évaluations des programmes d'équipement des armées, leurs retards et leurs surcoûts. Le dernier rapport (le Télégramme du 16avril) évoque même des difficultés à remplir certaines missions. La Marine a-t-elle encore les moyens de remplir les siennes?
Je suis dans la Marine depuis 37 ans et cela fait 37 ans que j'entends dire que nous n'avons pas assez de moyens, pas assez d'argent... La France n'est pas l'Amérique. Aujourd'hui, je remplis toutes les missions assignées par le Livre blanc de la Défense et le président de la République (...) On est toujours en train de dire que, dans un monde idéal, tout pourrait être mieux... La morosité, stop! Non! Notre matériel n'est, certes, pas tout neuf, mais on fait le mieux qu'on peut avec ce que l'ona.
En savez-vous un peu plus sur l'avarie qui cloue le Charles-de-Gaulle à quai depuis déjàsix semaines (*)? Quand pourra-t-il reprendre la mer?
Les avaries ne sont pas des choses scandaleuses! Quand plus de la moitié de la flotte du Vendée Globe est victime de casse, on ne dit rien. Quand un navire de la Marine nationale casse, on crie au scandale! Un bateau, ça casse tous les jours. Et tous les jours, on répare. Je voudrais qu'on arrête de dire que la Marine va mal et qu'elle a le moral dans les godasses (...) Les dégradations ont été identifiées. Elles ne concernent qu'une pièce mécanique. Nous savons la changer. Mais nous voulons savoir pourquoi cela s'est produit. Il n'est pas question de reprendre la mer en prenant le risque que ce problème se produise à nouveau. Nous repartirons quand nous aurons toutes les garanties. Cela prend du temps.
... Et pour le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Triomphant, endommagé lors d'une collision avec un sous-marin anglais, le 4février dernier?
Les sous-marins vont sous l'eau pour se cacher, pour se soustraire à la curiosité publique. Si on voulait l'inverse, on les laisserait en surface... C'est une activité confidentielle, donc je n'en parlerai pas (...) Nous avons aussi une déontologie professionnelle. La République me confie ses secrets et je les garde. Que diriez-vous si un médecin montrait dans vos colonnes les radios de Mme X pour montrer qu'elle est bien atteinte d'un cancer? (...) Pourquoi nous traite-t-on de menteurs, de «Grande Muette», comme si nous étions des malfrats? (Ndlr: le même État-major de la Marine évoquait, la veille, un retour au service du sous-marin accidenté «autour de l'automne»).
© Copyright Le Télégramme 2009