24 avril 2009
En 78 années de navigation, jamais la Belle-Poule et l'Étoile n'avaient encore traversé l'Atlantique. Dimanche, les deux voiliers-écoles de la Marine nationale quittent Brest pour quatre mois d'une folle course jusqu'aux États-Unis.
Construites tout spécialement pour la Marine en 1931, les deux goélettes ne s'étaient jamais éloignées des côtes européennes. Conçues sur le modèle des morutiers paimpolais, elles s'étaient bien aventurées jusqu'aux Canaries en 1958 ou étaient remontées en Islande en2000 et2006 mais jamais au-delà. Habituées aux côtes anglaises durant la Seconde Guerre mondiale, au profit des marins des forces navales françaises libres, elles ont navigué en mer Baltique, mer du Nord et proche Atlantique avec des milliers de jeunes marins qui se sont frottés à la riche et rude école de la voile traditionnelle. Mais quelle mouche a donc piqué les deux commandants Olivier Lebosquain et Patrice Lhour? Comment se sont-ils décidés à aller voir de l'autre côté?
Un horizon dégagé
L'installation de moteurs neufs en 2006, de groupes électrogènes et d'un osmoseur (dessalinisateur) par bateau a considérablement dégagé l'horizon des goélettes. Surtout, l'organisation du TallShips Atlantic Challenge -qui réunira au départ de Vigo (Espagne), le 30avril, une trentaine de grands voiliers et jusqu'à 7.000marins- a rendu possible le rêve de lancer les deux goélettes dans l'aventure, bord à bord. «Il s'agit d'une véritable course à la voile mais où l'esprit d'échanges et de convivialité l'emporte sur tout», rapporte OlivierLebosquain, le lieutenant de vaisseau commandant la Belle-Poule. Les deux goélettes navigueront à moins de 50 milles (90km) l'une de l'autre et s'accorderont évidemment un sprint final, histoire d'entretenir l'émulation légendaire entre les deux unités strictement identiques (les mâts et les vernis de l'Étoile sont simplement plus clairs).
200 candidatures, 80 heureux
En plus des seize marins professionnels du bord, chaque voilier accueillera quatorze équipiers provenant de différentes écoles de la Marine, des cours de la Marchande ou de structures entretenant un lien étroit avec la mer. «Nous avons reçu plus de deux cents candidatures pour 80 chanceux âgés de 18 à25 ans qui nous rejoindront pour une ou plusieurs étapes». Une opération de mécénat (66.000 EUR collectés) a permis de financer les transferts en avion. Des contrôles médicaux (bilan de santé, état dentaire...) ont été menés ce printemps. Les heureux élus sont venus naviguer quelques jours à bord des deux goélettes, en situation, loin de la carte postale. Un médecin réserviste embarquera à bord de l'Étoile, des moyens d'évacuation seront également assurés par un bateau-comité détaché entre chaque port d'escale. Les deux commandants tablent sur une traversée d'une vingtaine de jours entre Les Canaries et LesBermudes et une durée à peu près équivalente entre Halifax (Canada) et Belfast, point final de ce rassemblement international, prévu aux alentours du 15août. La remontée de la côte Est des États-Unis leur réserve également de belles échappées, à 7 ou 8 noeuds de moyenne si les vents restent portants.
Tout le monde à la manoeuvre
Pas le temps de coincer la bulle pour autant. Les équipiers invités seront pleinement associés au quart, à l'entretien du voilier et bien sûr aux manoeuvres (tout à la force des bras puisque le guideau qui permet de remonter les ancres est la seule concession électrique du bord). En tenue militaire, sous le statut de réserviste, ils auront également à coeur de représenter leur pays durant les escales. L'aventure commence dimanche midi avec un départ du tout nouveau port de plaisance brestois, un port du château inauguré ce week-end dans les effluves du plus enivrant parfum d'aventure. Journal de bord sur www.etoileetbellepoule.ecole-navale.fr
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