18 avril 2009
Florent Lemaçon est mort d'une blessure à la tête «par arme à feu», mais l'autopsie n'a pas permis d'établir l'origine de la balle, qui a causé le décès du skipper du Tanit.
L'autopsie de Florent Lemaçon n'a pas permis de révéler l'origine de la balle qui a tué le skipper vannetais du Tanit, lors d'un échange de tirs entre les pirates et le commando français venu libérer le voilier, il y a une semaine, au large de la Somalie. «Aucun projectile ou fragment métallique n'a été retrouvé dans le corps de la victime» à l'issue de l'autopsie réalisée jeudi, a affirmé hier le procureur de la République de Rennes, Hervé Pavy. «Il est impossible de savoir d'où vient cette balle» qui a atteint Florent Lemaçon à la tête, a-t-il ajouté.
Dans le carré
Selon les premières indications données dimanche par le ministère de la Défense, le skipper a été tué au cours d'un échange de tirs, dans le carré du voilier, alors qu'il protégeait sa compagne et leur fils de trois ans avec un matelas. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, n'a pas exclu que Florent Lemaçon ait pu être victime d'un «tir français» et il s'est engagé à «dire la vérité», une fois connus les résultats de l'enquête.
Le voilier pourrait parler
Hier, le ministère de la Défense a indiqué que l'Armée apporterait «tous les éléments» pour permettre de «déterminer les circonstances» de la mort du skipper. Pour répondre à cette question, les investigations dirigées par un collège de juges d'instruction de la juridiction interrégionale spécialisée (JRIS) de Rennes vont désormais se tourner vers le voilier de 12,5 mètres. «Le bateau se trouve à Djibouti et les constatations seront à faire par les juges dans les meilleurs délais», a expliqué le procureur Pavy. «Il y a peut-être des impacts, de l'ADN, des fragments métalliques», a-t-il précisé. «Les armes des pirates ont été récupérées par la Marine nationale et doivent nous être adressées au cours de ce week-end» pour être examinées, a-t-il encore indiqué.
Les trois pirates écroués
Les trois pirates somaliens capturés, âgés de 23 à 27 ans - deux sont morts au cours de l'opération - ont été mis en examen hier pour «détournement de navire» suivi d'un décès et «séquestration et détention arbitraire commises en bande organisée sur plusieurs personnes dont un mineur», selon le parquet. Ils ont été écroués dans trois maisons d'arrêt différentes. Ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Ramenés en France mardi, ils étaient entendus depuis par la section de recherche de la gendarmerie de Rennes. Interrogé sur la façon dont les auditions des pirates se passaient, le procureur a souligné qu'elles montraient «l'état de pauvreté dans lequel ils se trouvent». «Nous allons travailler à rechercher les véritables responsables de cette bande organisée», a-t-il conclu.
Le groupe d'armement naval français DCNS a conçu un navire dédié à la lutte contre la piraterie, doté notamment d'un champ de vision à 360 degrés et d'un système de largage ultra-rapide pour embarcations de forces spéciales. Il avait déjà été présenté en septembre. Depuis plusieurs mois, quinze personnes planchent, dans les bureaux d'étude de DCNS à Lorient (56), sur ce navire alliant «le meilleur du civil et du militaire» pour répondre aux besoins des marines mondiales confrontées à la piraterie organisée, au narco-trafic ou à l'aide aux réfugiés. Pour l'imaginer, «nous nous sommes rapprochés des commandos de marine basés à Lorient», raconte Marc Maynard, le directeur du projet. La rapidité étant primordiale pour contrer des pirates qui utilisent souvent, comme au large de la Somalie, des bateaux-mères et des skiffs d'assaut, «la mise à l'eau par l'arrière de deux embarcations rapides de neuf mètres destinées aux commandos peut se faire en cinq minutes», explique-t-il. Si «un vrai canon» de calibre 30 reste de rigueur à l'avant, les concepteurs ont privilégié «la dissuasion» avec des canons à eau placés sur les côtés. «L'idée, c'est de neutraliser les pirates», souligne Marc Maynard. Le projet a dû s'adapter aux règles de droit international, par exemple «pour concevoir une cellule de rétention permettant de "retenir" les pirates et de les livrer aux autorités», explique Yannick Bian, l'un des architectes. Reste que ce bateau «anti-pirates» n'a pas encore trouvé d'acheteur, même s'il intéresse plusieurs marines.
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