7 avril 2009
Cent à deux cents étudiants radicaux ont occupé hier après-midi le rez-de-chaussée du bâtiment de la présidence de l'université Rennes 2, bloquant le président et le personnel dans les étages.
Les étudiants radicaux qui ont occupé, hier après-midi, les locaux de la présidence de Rennes 2 réclament «un semestre blanc», c'est-à-dire l'octroi automatique des examens pour tous les étudiants de l'université, qui est en grève ou bloquée depuis plus de deux mois, a expliqué l'un d'eux. «La présidence a été attaquée par un groupe d'une centaine de personnes qui ont cassé des vitres», a indiqué, de son côté, le président de Rennes 2, Marc Gontard, joint par téléphone en fin de journée. «On est dans les étages, on attend d'être dégagés», a-t-il ajouté, en indiquant avoir fait appel à la police. Le personnel administratif présent lors de l'irruption des étudiants, une centaine de personnes au total, «a été mis en sécurité au 7eétage du bâtiment» et attendait lui aussi de pouvoir quitter les lieux, a précisé Irène Brunel, chef de cabinet du président, également jointe par téléphone.
Bastion de la contestation étudiante
Cette action «sans précédent», selon MarcGontard, est intervenue à l'issue d'une assemblée qui a décidé un blocage partiel de l'université, alors que les radicaux réclamaient un blocage total. L'université Rennes 2 (lettres et sciences humaines), traditionnellement l'un des bastions de la contestation étudiante en France, avait été rouverte hier matin après une fermeture administrative d'une semaine, décidée le 31mars dernier en raison de problèmes de sécurité sur le campus. Les étudiants et personnels arrivant sur les lieux s'étaient trouvés confrontés ce jour-là à quelque 150 «bloqueurs», dont certains encagoulés ou armés de bâtons, selon la présidence. Début février, des étudiants avaient cassé des vitres et la porte d'accès à la présidence pour libérer un camarade surpris par des vigiles en train de taguer un mur.
Hier soir, peu après 21h, les étudiants ont quitté les locaux dans le calme levant d'eux-mêmes le blocage des locaux. Après leur départ, le président de l'université a déclaré qu'«un agent a eu les côtes fracturées» lors de cette journée. Marc Gontard a par ailleurs ajouté que cette action ne remettait pas en cause sa décision de rouvrir l'université.
La ministre condamne et soutient Gontard
De son côté, hier, en début de soirée, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, a «condamné avec la plus grande force le blocage de la présidence de l'université de Rennes 2, dont le président est retenu dans les locaux». Dans un communiqué, elle a souligné que «cette situation intervient dans un contexte où les étudiants se sont prononcés largement en faveur de la reprise des cours». La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, apporte, par ailleurs, son entier soutien au président de l'Université Marc Gontard «qui travaille activement depuis plusieurs semaines à assurer la reprise des cours dans l'intérêt de ses étudiants».
Le coup de force des jusqu'au-boutistes de Rennes 2 intervient au moment où le gouvernement a choisi de ne plus rien lâcher:après avoir sérieusement envisagé de faire marche arrière sur l'autonomie des universités, il privilégie aujourd'hui la stratégie du pourrissement. C'est justement la logique de l'autonomie: aux présidents d'université, désormais seuls en première ligne, d'assumer leurs nouveaux pouvoirs avec les moyens dont ils disposent. Dans cette redistribution des cartes, Marc Gontard aura tiré la mauvaise pioche. Face à la violence des activistes dont Rennes 2 s'est fait une spécialité, il est devenu le symbole de la résistance à la dictature d'extrémismes révolutionnaires aussi radicaux que minoritaires. Mais, si courageux soit-il, il semble bien démuni dans son combat pour sauver l'année universitaire de ses étudiants. Quant à l'image de son université, n'en parlons pas... Sur le terrain, il dispose d'une poignée d'agents de sécurité. S'ils ont réussi hier soir à protéger les étages supérieurs de la présidence où le personnel s'est réfugié, ils ne sont évidemment pas en mesure d'assurer la paix civile sur l'ensemble du campus. Bien sûr, il dispose de soutiens de plus en plus massifs chez les enseignants-chercheurs, chez le personnel technique et administratif, chez les parents d'étudiants et chez les étudiants eux-mêmes, en particulier les étrangers atterrés par la zone de non-droit qu'est devenu le campus. Mais le ras-le-bol, la colère, la crainte de perdre une année, tout cela n'est guère opérant face à des commandos encagoulés et armés de bâtons, prêts - voire impatients - à en découdre, et qui rêvent d'une intervention policière musclée pour se poser en victimes et rallumer la flamme d'une contestation agonisante. S'il est aujourd'hui seul maître à bord, le président est bien plus seul qu'il n'est maître. C'est à un roi nu, simplement armé de sagesse de panache, que l'Etat confie la barre d'un vaisseau désemparé.
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