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France

Marielle de Sarnez. Il faut une Europe solidaire

3 avril 2009

Numéro 2 du MoDem, Marielle de Sarnez est député européen sortant et mène la liste du parti de François Bayrou en Ile-de-France. Pour elle, l'Europe ne se résume pas à un marché. Il lui faut développer un modèle de solidarité.

Face à la crise, Marielle de Sarnez insiste sur les «vraies valeurs, selon elle, celles d'une société humaniste. Photo AFP

Quels sont pour vous les enjeux du scrutin européen du 7juin prochain?
Ces élections ont pour nous trois objectifs. Premièrement, désigner de très bons députés qui sauront défendre et représenter les régions qui les élisent. Ensuite, ces élections serviront, comme toujours, à envoyer un message au gouvernement. On a le sentiment que le pouvoir n'entend pas le malaise et la désespérance de nos compatriotes. Enfin, ce scrutin sera l'occasion de servir de levier pour changer un certain nombre de politiques menées en Europe. La question de fond est de savoir quelle société nous voulons. Pour nous, l'Europe ne se résume pas à un marché; elle doit développer un modèle de solidarité. A nos yeux, les priorités pour l'Europe dans les cinq années à venir sont de construire un plan de convergence des politiques sociales, de mener à bien l'harmonisation fiscale, de repenser le développement à l'intérieur et à l'extérieur de l'Europe. Pour nous, il y a un autre modèle de société que le capitalisme financier et le socialisme étatiste.

Pourquoi vous opposez-vous au renouvellement de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne?
Je n'avais pas voté pour lui, il y a cinq ans. Je lui trouve deux défauts. Pour lui, l'Europe est essentiellement un marché. Il a laissé les gouvernements agir chacun pour soi au lieu de porter l'idée d'une réaction commune de l'Europe. Pour nous, comme l'avaient voulu les pères fondateurs, le président de la Commission devrait se faire le défenseur, face aux gouvernements, de l'intérêt général des Européens. Or, M.Barroso n'est ni libre, ni autonome par rapport aux dirigeants des gouvernements. Si, pendant la crise, le président de la Commission s'était appelé Jacques Delors, nous aurions eu sur la table de vraies propositions novatrices et ambitieuses. Je pense au grand emprunt européen nécessaire, à un plan de relance européen au lieu de l'addition de plans de relance nationaux, à des grands travaux européens.

Le MoDem critique l'action de Nicolas Sarkozy de manière systématique. N'y a-t-il rien qui trouve grâce à vos yeux chez le président de la République?
La question va au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy. Elle est de savoir si la politique qu'il suit va dans le bon sens. La réponse est malheureusement non. Sur le long terme, il faut prouver que l'on gouverne de façon juste. Ce n'est pas le cas en France. Quand les impôts nouveaux, les taxes et les prélèvements pèsent sur ceux qui ont des difficultés, sur les classes moyennes, et pas sur ceux qui gagnent le plus d'argent, on n'est pas dans la mesure, dans la justice et dans l'équité. Nous pensons qu'il y a un autre modèle que celui de cette société toujours plus inégalitaire. Nous pensons qu'il y a un autre modèle que celui de l'argent roi. Et nous voulons le construire.

Comment jugez-vous les résultats du G 20?
Ça commence à bouger un peu. C'est bien, même si j'aurais souhaité que cela aille plus loin. Mais je suis en accord avec les principes annoncés: régulation et contrôle des marchés financiers, en particulier des fonds spéculatifs, limitation des rémunérations des traders, réforme des normes comptables, lutte contre les paradis fiscaux. Maintenant, il faut passer des mots aux actes. Sans plus attendre, l'Europe doit prendre sa part de responsabilité, en légiférant ou réglementant ce qui doit l'être, particulièrement en matière de rémunérations excessives, ou en désignant un régulateur européen. J'ai un regret: que les moyens supplémentaires accordés au FMI ne soient pas conditionnés à une réforme de fond de cette institution, concernant aussi bien la représentation des pays émergents et des pays en voie de développement que la politique de fond suivie avec ces derniers. Mais au-delà de la régulation nécessaire du système financier mondial pour empêcher que ne se reproduise une telle crise, le monde a besoin d'un nouveau modèle économique, solidaire et durable. Il est temps de revenir à nos vraies valeurs, celles d'une société véritablement humaniste.

  • Propos recueillis par Philippe Reinhard

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