1 avril 2009
Malgré la crise, le marché du bio se porte bien et croit de 15% par an. Malheureusement, la production ne suit pas et il faut importer. Explications de Philippe-André Richard, président d'Interbio, l'interprofession bretonne.
Comment va l'agriculture biologique en Bretagne?
Depuis la production jusqu'aux points de vente, toute la filière est en développement. En 2008, le seuil symbolique des 1.000 fermes bio a été dépassé. Parmi les productions les plus représentées, les légumes arrivent en tête devant la production laitière et les volailles. Mais cette production est insuffisante pour satisfaire la demande et ce déficit se creuse. On manque de tout. Cela nous oblige à faire appel à des produits importés.
Vous voulez donc dire que le bio ne connaît pas la crise?
La demande ne fléchit pas, bien au contraire. Ce qui montre que, malgré la crise, les consommateurs restent sensibles aux conséquences environnementales des pratiques agricoles. Aujourd'hui, le fait de manger bio va bien au-delà de la démarche militante. C'est une réelle prise de conscience des conséquences que ça peut avoir sur l'avenir de la planète.
Pourquoi les producteurs français n'arrivent-ils pas à suivre la demande?
Parce qu'une production biologique est lente à se mettre en place. Entre le moment ou un producteur marque son intérêt pour ce mode de production et le moment où il met ses produits sur le marché, il peut s'écouler plusieurs années. Une reconversion en bio c'est beaucoup de remises en question sur le plan technique, économique et financier. Il y a aussi le problème de l'accès au foncier. Le coût exorbitant des terres décourage plus d'un candidat.
6% des surfaces et 20% de produits en restauration collective d'ici 2012, les objectifs du Grenelle de l'environnement sont ambitieux. Allez-vous les atteindre?
Cela va être difficile. A trois ans de l'échéance, on est seulement au tiers de l'objectif puisque la Bretagne n'a que 2% de surfaces cultivées en bio. C'est pour cela qu'il est urgent d'encourager les conversions et les installations en bio. Cela passe par un accompagnement financier des pouvoirs publics et des choix politiques affirmés en matière d'attribution des terres.
Le clivage historique entre les bio et les conventionnels semble s'estomper. Les agriculteurs bio s'estiment-ils moins marginalisés aujourd'hui?
Comme les réglementations les obligent à réduire l'usage des pesticides, de plus en plus d'agriculteurs conventionnels s'intéressent aux techniques mises en oeuvre par les agriculteurs bio. C'est quelque part du transfert de technologies et de connaissances. Malheureusement, les gens évoluent plus sous la contrainte que par éthique.
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