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Point de vue. Une présidence qui pilote à vue

4 mars 2009

En chute dans les sondages, Nicolas Sarkozy théorise désormais les vertus de l'impopularité, se recentre sur l'international qui lui avait bien réussi lors de sa présidence européenne et accepte de mettre en avant son Premier ministre qu'il maintenait jusqu'alors sous le boisseau.

Hubert Coudurier, directeur de l'information du Télégramme

Evolution d'autant plus nécessaire que sa méthode de gouvernement consistant à désavouer régulièrement ceux qu'il avait choisis, tout en multipliant les circuits de pouvoir parallèles, commençait à se révéler singulièrement inefficace. Car le chef de l'Etat entend bien conserver son profil de réformateur même s'il a successivement lâché du lest sur les lycées, la Guadeloupe, et les chercheurs, au risque de compromettre sa loi sur l'autonomie des universités. Il reste à savoir s'il tiendra sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux et la réforme de la Fonction publique prévue par la RGPP, ou encore sur sa relance limitée à l'investissement que les socialistes, plus dépensiers, voudraient étendre à la consommation. Tel un roseau, Nicolas Sarkozy plie mais ne rompt pas. En revanche, dans un contexte difficile mais qui est le même pour tous, il contourne les obstacles, desserre la pression syndicale avant la prochaine manif du 19mars et prend de la hauteur dès que l'occasion se présente. On l'avait vu à l'occasion de la crise géorgienne et durant l'offensive israélienne à Gaza. Après avoir signifié à ses partenaires européens que les accusations de protectionnisme dont on le taxait n'avaient pas de sens, il s'envolera bientôt pour un court déplacement au Mexique puis se rendra à la fin du mois en Afrique, dans la région des Grands lacs. En prenant du recul comme l'ont classiquement fait ses prédécesseurs, le président français laisse le chef du gouvernement en première ligne pour désamorcer les crises. Partage des rôles classiques sous la Ve, qui a vu François Fillon donner un coup d'arrêt aux concessions que le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer Yves Jégo avait faites à ses interlocuteurs antillais avant d'y revenir subrepticement. Ou encore épauler la ministre Valérie Pécresse pour sauver sa réforme de l'Université en renonçant aux suppressions de postes d'enseignants-chercheurs envisagées. Après une période de toute puissance qui s'est heurtée aux réalités, le pilotage à vue est désormais la règle.

  • Hubert Coudurier

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