2 mars 2009
Le marché global de la voiture d'occasion connaît une baisse : - 16% en moyenne, -20% dans le Finistère. Principales victimes: les véhicules de moins d'un an, en concurrence avec des véhicules neufs «primés» et «ristournés».
Jusqu'à 750 EUR de bonus écologique, 1.000 EUR de prime à la casse, 1.000 à 3.500 EUR de remise... Le compte est vite fait: il est plus intéressant d'acheter une voiture neuve de petite ou moyenne gamme qu'un véhicule de moins d'un an, avec 5.000à 10.000km au compteur. Pour les professionnels, l'équation est délicate. Les flottes de voitures de location en fin de contrat font ventouse sur les parkings des concessionnaires. Ce ralentissement de la rotation des stocks met à mal les trésoreries: «La santé d'une concession auto passe par celle de son parc occasion. C'est ce qui immobilise le plus de capital. Notre capacité à faire des offres commerciales sur le neuf en dépend», témoigne Frédéric Corre, distributeur Ford à Saint-Brieuc, Lannion et Guingamp. Sans compter la dépréciation des véhicules et les frais de stockage: 15euros/jour par voiture. Pour autant, pas question de baisser les bras: «On offre des garanties plus longues, des financements à taux privilégiés, un suréquipement. Les services, c'est ce qui fait la force d'une concession».
Bonne santé des négociants
Julien Le Gleut, agent Renault à Quéven (Morbihan), lui aussi, a dû réduire son stock d'occasions récentes: «Plus question de vendre une Twingo d'un an et demi. Il y a aussi un blocage sur les monospaces et les grosses voitures. Mais globalement, le marché de l'occasion se tient». Ce n'est pas Laurent Henault (Kersaint-Auto à Kersaint-Plabennec) qui le contredira: «Si je pouvais acheter plus d'autos je le ferais. Nos ventes ont progressé en 2008 et le début 2009 est dans la même veine», confie le négociant qui dispose d'une gamme de 20 marques, de 5.000 à 70.000euros. «Nous sommes dans la voiture plaisir. Nos clients préfèrent s'offrir une Audi de 50.000km à 15.000 EUR qu'une Logan». Même constat chez Bervas (Kersaint-Plabennec, Trémuson et Lanester) qui a «connu un très bon début d'année» et envisage d'ouvrir une nouvelle antenne en Ille-et-Vilaine, toujours dans le créneau des voitures familiales de trois à cinq ans.
Le plus dur à venir?
Les concessionnaires, qui ne bénéficient pas de la même marge de manoeuvre dans le choix de leurs occasions (*) ne voient pas l'avenir du même oeil. «Le second semestre risque d'être très dur, que ce soit le neuf ou l'occasion», s'inquiète Frédéric Corre. «D'une chute des ventes de 5 à 7%, on va vers les 20%. Nous sommes le seul marché d'Europe à ne pas avoir de chute à deux chiffres. Gare à l'effet retard.» «L'année 2009 va être compliquée à gérer. Mais, après, je pense que le marché, qui est artificiellement maintenu par les loueurs (30% des ventes) va se réguler à son niveau réel. Les constructeurs vont être obligés de fabriquer moins de voitures», estime ce concessionnaire Toyota des Côtes-d'Armor. «En attendant, pour les amateurs de belles voitures récentes qui se languissent sur les parkings, il y a de belles affaires à saisir.»
(*) Les deux tiers sont des reprises, l'autre tiers se partageant entre les véhicules de démonstration, de courtoisie et de loueurs.
Faire bénéficier de la prime à la casse les acheteurs de véhicules récents de moins de trois ans répondant aux normes Euro 4? Une nécessité, selon Eric Bataille, directeur général d'AutoScout24, site de vente de voitures d'occasion sur Internet. «Il faut rééquilibrer le marché. La prime à la casse et le bonus écologique ne sont pas des mauvaises mesures à la base. Mais, en privilégiant le neuf et, qui plus est, des petites voitures (pour la plupart fabriquées hors de France) on perturbe le marché, sachant que les stocks d'occasion des concessionnaires sont constitués à 70% de véhicules récents. Sans compter que cela pénalise aussi les consommateurs qui ont besoin d'une routière. Des consommateurs qui, selon un sondage que nous venons de faire réaliser, expriment leur préférence pour l'achat de véhicules récents au détriment du neuf.» De plus, selon Eric Bataille, cette mesure ne handicaperait pas les finances publiques: «L'État peut faire facilement un effort; s'il attribuait une prime de1.500 EUR, il récupérerait au minimum 1.600EUR de TVA, si on se base sur le prix moyen de vente d'un véhicule de moins de trois ans, c'est-à-dire entre15 et 20.000euros». 1.500 EUR, c'est ce que demandait aussi, en novembre, le Centre National des Professionnels de l'automobile - «c'est un cap psychologique» - avant de revoir sa copie à la baisse: «La prime actuelle de 1.000 EUR fonctionne bien. Et puis l'État ne roule pas sur l'or. Cette prime à la casse que nous demandons pour les occasions concerne en effet un potentiel de cinq millions de véhicules», précise le CNPA, qui regroupe les réparateurs, distributeurs et équipementiers automobiles. Le syndicat, membre du Comité Luc Chatel, se dit assez confiant: «L'Italie, l'Allemagne, l'Espagne ou l'Autriche ont appliqué avec succès cette mesure. Pourquoi pas en France? Le président de la République, en déplacement dans l'Ain, en fin de semaine dernière, interrogé sur cette question, a répondu qu'il n'excluait pas une telle mesure.»
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