16 février 2009
Privé de quille depuis six jours, Marc Guillemot était en passe de boucler son Vendée Globe la nuit dernière, avant 3h41'. Et donc de conserver sa 3e place sur le podium au détriment de Samantha Davies.
Quel tour du monde!
Pour beaucoup, Marc Guillemot restera le Saint-Bernard des mers, celui qui a porté assistance et soutenu moralement Yann Eliès qui souffrait le martyre dans l'océan Indien. Mais le skipper morbihannais a fait bien plus que cela: il a réussi à ramener son bateau privé de quille jusqu'à bon port. Pendant 1.400milles (2.500km), il a vécu avec la trouille au ventre, redoutant le chavirage à chaque instant. A quelques heures de la délivrance, il est revenu, point par point, sur son tour du monde... tout en gardant une écoute à la main. SANS QUILLE. Il y a quatre ans, Mike Golding avait perdu sa quille à 54 milles de l'arrivée, ce qui ne l'avait pas empêché de terminer sur le podium. Cette année, Roland Jourdain a connu la même mésaventure dans le sud des Açores. Hélas, le skipper de «Veolia» a dû se résoudre à abandonner, les conditions météos se dégradant. Marc Guillemot est le troisième marin à naviguer sans quille. Non sans risque: «Ah oui, c'était chaud, très, très chaud... J'en parlais avec Yann Eliès samedi soir et on se disait que c'était vraiment scabreux tout ça. Ce n'est pas simple à gérer tout ça. J'avais l'écoute à la main et ce n'est pas très confort. J'ai dû faire 1.300 ou 1.400 milles sans quille, record battu. D'ailleurs, j'ai proposé à Bilou (ndlr: Roland Jourdain) de lancer un relais: les deux fois 1.000 milles sans quille (rires)». LE PODIUM. Lorsqu'il a perdu sa quille le 9février dernier, Marc Guillemot ne pensait qu'à une seule chose: ramener son bateau et le bonhomme à bon port. La 3e place? «Je crois que c'est bâché, disait-il. Sam Davies va me passer devant». Puis, comme par enchantement, Eole et Neptune se sont calmés. Et le skipper de «Safran» a recommencé à y croire. Hier matin, il était remonté comme une pendule: «Bien sûr que j'y crois même si je ne suis absolument pas sûr que ça puisse le faire. Tout est possible». UN TOUR DE FORCE. Deux escales techniques, l'une proche de la Nouvelle-Zélande, l'autre après le Cap Horn, pour réparer son rail de grand-voile, le sauvetage de Yann Eliès et pour couronner le tout, la perte de sa quille: «Ah oui, ce fut un tour du monde très riche en événements! Je ne m'attendais pas à vivre tout cela. Il s'est passé plein de choses pendant mon tour du monde: des moments difficiles, du bricolage, des escales mais je n'ai aucun regret. Quels que soient les problèmes et les difficultés rencontrés, je n'ai jamais rien lâché. On pourra m'enlever tout ce qu'on veut mais pas ça. C'est justement parce que je n'ai rien cédé que j'ai pu jouer le podium sur la fin. C'est ma plus grande fierté». L'AVENIR. En pleine crise, son sponsor «Safran» a annoncé, fin janvier, qu'il repartait avec Guillemot pour quatre ans. «Ça peut inciter d'autres sponsors à en faire autant. «Safran» n'est pas dans la voile pour réaliser un coup: ils jouent sur la durée. Faire cette annonce pendant que j'étais encore en mer, il n'y avait rien de tel pour me motiver encore plus». De là à penser au Vendée Globe 2012? «Je veux finir celui-là, le savourer. Je sais que j'ai la possibilité d'en refaire un autre dans quatre ans mais il ne faut pas précipiter les choses».
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