Dans son livre « Leclerc : enquête sur un système », le journaliste Frédéric Carluer-Lossouarn décrypte le fonctionnement du groupe breton de grande distribution.En quoi Leclerc se distingue-t-il des autres distributeurs ?Leclerc, c'est avant tout une politique de prix bas menée tambour battant depuis 60 ans, à coups de campagnes publicitaires provocantes et de coups de force d'Édouard puis de Michel-Edouard Leclerc. L'enseigne ressort régulièrement comme la moins chère sur les grandes marques. Au-delà de la question des volumes négociés, c'est surtout la politique d'achat qui chez Leclerc est décisive. À commencer par la rudesse de ses acheteurs, redoutés par les industriels dont certains témoignent dans ce livre. Certes, Leclerc n'est pas le seul à flirter avec la ligne jaune pour arracher des prix bas mais il y a dans cette enseigne une culture du discount qui prime sur tout... La plupart des adhérents Leclerc sont devenus de vrais « barons » de l'économie locale ? Comment l'expliquez-vous ? Sur une zone de chalandise, un hypermarché joue un rôle de véritable locomotive. Logiquement, les adhérents sont au coeur des programmes d'urbanisme commercial. Leur influence et leur pouvoir vont bien au-delà de la seule exploitation des hypermarchés et des emplois induits. Au fil du temps, au travers de leurs investissements dans les galeries et zones d'activités attenantes aux hypers, beaucoup ont bâti dans leur ville de véritables empires immobiliers, logés dans de très discrètes SCI. Et il faut savoir que ce patrimoine immobilier génère des revenus sans commune mesure avec ceux dégagés par l'exploitation des points de vente. Le système inventé par Édouard Leclerc a permis à des générations d'adhérents de devenir multimillionnaires. Grâce notamment au « parrainage » qui permet à un nouveau venu d'obtenir des prêts bancaires avec la caution d'anciens. Quelles sont les principales faiblesses de Leclerc ? Contrairement à ses concurrents, Leclerc est peu présent à l'étranger (moins de 5 % de son chiffre d'affaires). Le mouvement a aussi raté le train des grandes surfaces spécialisées dans le bricolage, les articles de sport ou les vêtements. Alors que les Français redécouvrent les vertus des supermarchés et du commerce de proximité, Leclerc a au contraire tout misé sur l'hyper. Il faut enfin souligner le caractère dépendant du mouvement par rapport à Michel Edouard Leclerc. Il est l'arme fatale du mouvement au plan médiatique. Il est aussi le garant de l'unité des adhérents lors des prises de décisions, parfois houleuses. Michel-Edouard Leclerc n'a que 56 ans mais pour l'instant, il n'a pas préparé sa succession. Or, toute la communication de l'enseigne dans les médias repose sur lui. Le mouvement trouvera-t-il un adhérent réunissant les mêmes qualités médiatiques que lui et surtout aura-t-il la même légitimité ?« Leclerc : enquête sur un système », Frédéric Carluer-Lossouarn. Éditions Bertrand Gobin. 22 .