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Sports

Yann Eliès. « Ça va bien »

8 janvier 2009

Yann Eliès arrive à suivre le Vendée Globe sur internet : « Il faudra que j'y retourne un jour ».<br/>Photo Philippe Eliès

Au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle de Trévou-Tréguignec (Côtes-d'Armor), Yann Eliès se refait une santé. Hier, il a accepté de nous recevoir pour évoquer son quotidien et faire le point sur son avenir.« Yann Eliès ? C'est au 3 e étage, chambre 312 ».Au centre de rééducation, tout le monde sait où se trouve la chambre du « marin du Vendée Globe qui s'est cassé la patte ».Toc toc !- « Entrez, c'est ouvert ». La voix est bonne. Le moral aussi visiblement. « Oui, c'est vrai que ça ne va pas trop mal. Bon, j'aurai préféré être sur l'eau mais je suis passé tellement proche du "non retour" que je m'estime heureux d'être là... Un peu en morceaux mais content d'être là ».

Encore sous anti-douleurs

Sa jambe cassée a arrêté de le faire souffrir même si, à l'intérieur, on lui a passé une tige pour réaligner le tout. Le point le plus délicat concerne son bassin, cassé au niveau de la hanche. Cela signifie une période incompressible de six semaines de repos. Alors, il prend son mal en patience. Et avale toujours des anti-douleurs et « de temps en temps un peu de morphine ».Pour le reste, il vit au rythme du centre hospitalier : debout à 7 h du matin, douche à 7 h 30, piscine de 9 h à 10 h, salle de marche de 11 h à 12 h - « où je réapprends le mouvement de la marche sans mettre les pieds au sol »-, kiné de 12 h à 12 h 30, puis séance de glace pour finir : « On applique des poches de glace sur mes différents hématomes ». A partir de 14 h, c'est quartier libre.Du coup, l'après-midi, il s'occupe. Là, il a accepté de recevoir quelques médias : « Radios et presse écrite seulement. Pas de télé pour l'instant ». Question d'image. Il n'a pas envie de faire pleurer dans les chaumières. « De montrer l'image d'un mec qui se morfond dans un lit d'hôpital ».

« Ici, je relativise »

Près de son lit justement, un déambulateur et un fauteuil roulant. Sur le mur, des photos de sa femme Soizig et de ses deux enfants. « Ils sont à une heure de voiture d'ici, donc ils viennent me voir souvent car je vais rester ici presque deux mois ».Aussi, il n'a pas tardé à se faire des connaissances dans le centre : « Ici, il y a des amputés, des blessés. Là, il y a un agriculteur qui s'est fait percuter par un taureau. A travers ces différentes rencontres, cela me permet de relativiser sur mon cas. Il y a bien pire que moi ».

Des projets plein la tête

De sa chambre, le skipper de « Generali » voit la mer. Il aperçoit l'île de Tomé, juste en face de Perros-Guirec, là où il a commencé à régater en Figaro. « C'est le théâtre de ma première victoire face à des lascars comme Desjoyeaux et Jean Le Cam en 1998. Tout cela a une valeur symbolique pour moi ».Ce lieu lui rappelle de bons souvenirs. L'idéal pour se projeter dans l'avenir. « Là, je me pose des questions : ai-je envie de continuer en 60 pieds ou ai-je envie de faire du multicoque ? Du petit ou du grand ? Ai-je envie de retourner en Figaro ou pas ? ».

« Jean a dû flipper »

S'il a perdu son monocoque de 60 pieds, Yann Eliès a reçu l'assurance de « Generali » de le suivre dans ses projets futurs, au moins pour l'année 2009. Une annonce pourrait même être faite très prochainement. A condition qu'il recouvre toutes ces capacités physiques. « Dans ma tête, c'est clair, je suis passé à autre chose ».Il dort bien, ne fait pas de cauchemar et arrive même à suivre le Vendée Globe sur internet car dit-il, « il faudra que j'y retourne un jour. Et comme le prochain est dans quatre ans... ». Forcément, il a suivi le sauvetage de Jean Le Cam mardi : « Qu'est-ce qu'il a dû flipper à l'intérieur de son bateau retourné Jean ! C'était chaud ».Par la fenêtre de sa chambre, Yann Eliès jette un regard sur la grande bleue. C'est sûr, dans quelques mois, il renaviguera.

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