4 janvier 2009
Les contestataires ont désormais leurs troupes de choc : les « désobéis-sant s » . Des militants aguerris, mais non-violents, rompus aux opérations coup-de-poing, aux interventions policières, et aux médias. Nous avons participé, incognito, à leur tout dernier et discret stage, près de Vannes. Un samedi matin de décembre, dans une ferme isolée, quelque part entre Vannes (56) et Redon (35). Nous sommes une vingtaine. Beaucoup d'hommes, quatre femmes. Les plus jeunes ont une vingtaine d'années. Le plus ancien affiche plus de 70 printemps. Tous sont militants. « Résistants ». Ils s'élèvent contre les OGM et le nucléaire. S'inquiètent et s'insurgent contre « la multiplication des atteintes aux libertés publiques ». Protestent contre la publicité et la société de consommation.La plupart participent déjà à des actions aux quatre coins de la France et de l'Europe. Martin (*), crâne rasé, keffieh autour du cou et sweat « Bouffons les riches » sur le dos, est ici parce qu'il estime que manifs et distributions de tracts sont « dépassées » et ne font « plus réagir personne ». Zoë, la trentaine, tignasse relevée, gros pull tombant sur un jean délavé, se dit lassée des actions qui capotent ou qui dégénèrent. Tous cherchent à devenir « plus efficaces ». Tous sont prêts à enfreindre les lois pour défendre leur cause. Mais « sans violence ». Bloquer un convoi nucléaire sur une voie ferrée, gérer d'éventuels dérapages : cela ne s'improvise pas. C'est ce que viennent enseigner quatre pros de la contestation, tous issus d'un réseau au nom explicite : les Désobéissants (lire ci-contre).
Surtout, pas de téléphone portable
Premier principe : pas d'efficacité sans consensus. Tout le monde doit s'exprimer. Pas question que quelqu'un se rétracte au dernier moment et mette le groupe et l'opération en péril. Ici, il n'y a pas de chef... mais de la discipline. Pour avoir la parole, il faut d'abord lever la main. Et pour faciliter la communication, on utilise des signes. Des mains dressées qui s'agitent signifient qu'on est d'accord. Le même mouvement, à l'horizontale, indique la réserve. Plus on descend, plus on exprime son désaccord.Sur ces bases, exercice théorique : par petits groupes, préparer l'interception d'un convoi. Me voici dans la peau d'un commando anti-OGM, avec trois (vrais) faucheurs expérimentés. Premier réflexe : prévenir les membres des réseaux concernés. « Il y a une règle absolue, intervient Joël, militant à la chevelure hirsute. Pas de téléphone portable avec soi, même éteint ! ». L'ennemi ? La police et ses grandes oreilles.
Opération commando
L'opération est réglée comme une opération militaire. Une équipe repère les lieux, les habitudes des riverains et des forces de l'ordre locales. Le jour J : une équipe pour l'interception. Une équipe « d'anges gardiens » pour veiller sur elle et l'assister. En retrait, une équipe de « peace-keepers » pour calmer le jeu avec le chauffeur et les forces de l'ordre. Et une quatrième pour « gérer la presse », alertée plus tôt.Il faut aussi penser aux premiers secours et aux conséquences juridiques. Et au cas où la presse n'arriverait pas, prévoir de filmer et photographier le tout. Penser également à désigner un second porte-parole, au cas où le premier serait interpellé. Enfin, tout dépend de l'objectif : faire perdre de l'argent à celui auquel on s'attaque ou dénoncer quelque chose ?12 h 45. Détour par les toilettes. Sèches. De la sciure de bois fait office de chasse d'eau. Pour le déjeuner, repas bio. Pas question d'enrichir les multinationales. Tout vient du jardin du couple qui héberge la petite troupe. Radis noirs, boulgour, lapin occis quelques jours plus tôt... que mon voisin, fonctionnaire, libertaire et anarchiste, ne touchera pas. Il est, comme plusieurs autres stagiaires, végétalien. Il ne consomme aucune chair animale ou produit d'origine animale (lait, oeufs...).Les ateliers s'enchaînent jusqu'au soir. Quels droits en cas d'interpellation ? Quelle attitude adopter en garde à vue ? Comment capter et retenir l'attention de la presse ? Comment constituer une chaîne humaine, un noeud d'activistes, qui fera perdre un temps précieux aux forces de l'ordre ? Comment les déstabiliser ou désamorcer une situation très tendue ? Quelles erreurs ne pas commettre pour éviter des poursuites judiciaires ?
« J'ai appris à vivre avec peu »
Le lendemain, exercice pratique (jouer le blocage d'un chantier de construction d'incinérateur) et débriefing. Puis, retour vers le Finistère. À mes côtés, Stéphane, 29 ans, un énigmatique « Alertez les bébés » dans le dos. Il me raconte sa vie. Finistérien de coeur, écolo et amoureux de la mer, ancien marin pêcheur poussé vers la sortie, car pas issu de ce milieu...Aujourd'hui, il ne travaille plus et consacre son temps aux livres et à la lutte contre le nucléaire. « J'ai appris à vivre avec peu », confie-t-il. Il n'a pas de voiture. Pour rejoindre le lieu du stage, il a fait une vingtaine de kilomètres à pied, pris le train et fait du covoiturage. Apprendre qu'un journaliste figurait parmi eux l'a beaucoup fait rire. Pas l'organisateur du stage, informé le lendemain.* Tous les prénoms ont été modifiés, à la demande de l'organisateur.
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