3 janvier 2009
Les témoignages à charge se multiplient contre l'ancien patron des RG. Yves Bertrand estime pourtant n'être qu'un « modeste pion », « pris entre le feu des sarkozystes et des chiraco-villepinistes ». Ce n'est pas l'avis de l'un de ses accusateurs, le trublion Guy Birenbaüm.On pensait trouver un homme abattu, déprimé. Lui, l'inspecteur général, l'indéboulonnable patron des RG (douze années, huit ministres, deux présidents), devenu en quelques semaines infréquentable. Indésirable. Mais non. Au rendez-vous fixé près du ministère de l'Intérieur, Yves Bertrand arrive, léger, « serein ». En jeans. L'homme aux carnets, qui prendra officiellement sa retraite le 25 janvier prochain, a tombé la cravate. Pas la rosette, soigneusement épinglée à sa veste. Comme pour rappeler que lui, le paria de la République, a été récompensé de la plus haute distinction nationale. Pour « mérites éminents acquis au service de la nation ». Bertrand anticipe la question qui est sur nos lèvres. Non, il n'est « pas plus affecté que ça ». « Vous savez, j'en ai reçu des coups dans ma vie... »
« C'était aussi ça mon boulot »
Yves Bertrand ne renie rien. Il insiste. « Si c'était à refaire, je le referais. » Il ne voit pas ce qu'on lui reproche. Toutes ces sales rumeurs consignées sur ses carnets ? Il a répondu mille fois ces dernières semaines. « C'était aussi ça mon job ! Mon boulot, c'était de prévenir les crises, d'anticiper, de mettre les failles en lumière. Savoir qu'un ministre a une maîtresse, par exemple, c'est devancer une éventuelle tentative de déstabilisation et d'éventuels impacts sur la politique du gouvernement. » Pour les ministres, soit. Mais pour cette star de la chanson accusée de viol ? Yves Bertrand élude. « Sur ces carnets, je notais tout. Absolument tout. Mes courses, mes relevés de compte, les nouvelles de ma fille... On ne retient que quelques ragots ! Ces écrits n'étaient que des brouillons. Il me fallait bien écrire ce qu'on me rapportait. Je n'ai pas la mémoire d'un éléphant ! Après, je vérifiais ou faisais vérifier ce qui présentait un intérêt (ndlr, il arrachait les pages concernées). Aujourd'hui, on me reproche d'avoir pris des notes sur un brouillon ! C'est un vrai procès stalinien ! »
« Toute ma vie, j'ai servi »
Celui qu'on montre du doigt pour avoir « regardé sous les jupes de la République » dénonce « une incroyable hypocrisie » : « On découvre que les RG faisaient du renseignement ! » « Pourquoi les huit ministres sous lesquels j'ai travaillé n'ont-ils rien dit ? Soit ils étaient complices, soit ils ont cruellement manqué de perspicacité ! Moi, j'ai toujours rendu compte. Toute ma vie ! J'ai servi. A la fin, c'étaient Chirac et Villepin. Chirac a été élu démocratiquement deux fois. Je n'avais aucune raison de lui désobéir. Ce n'était pas un criminel ! On voudrait faire croire que j'ai servi des criminels ? ! ». Nicolas Sarkozy veut le « fendre en deux » s'il le rencontre ? Bertrand rétorque qu'il aura alors face à lui « deux Bertrand au lieu d'un ». « Il a très mal pris ma réponse, glisse l'ancien patron des RG. Mais vous pouvez me citer à nouveau... »
La vraie cible : les réseaux Chirac
Yves Bertrand sait « très bien » qui est derrière la fuite de ses carnets et la campagne de dénigrement qui le vise. « Je me retrouve au centre d'un conflit qui me dépasse. » Un conflit entre chiraquiens et sarkozystes. « Tout ça, ce n'est pas une simple querelle, estime un observateur privilégié. C'est une bataille féroce. Une bataille féroce pour la présidentielle de 2012. Tout ce qui peut être contre Sarko va être réduit en poussière. »« Bertrand n'est qu'une étape, analyse un autre observateur. Derrière, c'est Chirac qui est visé. C'est lui la prochaine cible. Chirac et ses réseaux, dont Nicolas Sarkozy estime qu'ils peuvent encore lui nuire. Il n'a pas oublié les coups bas. Il ne pardonnera rien. »
« Il n'y a rien qui tient »
Yves Bertrand pointe du doigt le livre qu'il a écrit (« Je ne sais rien... Mais je dirai (presque) tout », réédité avec une nouvelle préface de douze pages, chez Plon). « C'est le "presque" qui m'a plombé et qui me vaut peut-être une partie de mes problèmes... ». Il évoque aussi son visage, « patibulaire ». « Je fais homme du KGB. Cela m'a desservi », analyse-t-il. Lui continue de nier son implication dans l'affaire Clearstream et la tentative de déstabilisation du candidat Sarkozy. Malgré les témoignages (lire-ci-dessous) défavorables qui s'accumulent contre lui. « Moi, je ne suis qu'un modeste pion dans cet échiquier », assure Yves Bertrand, qui ne revendique « aucune stratégie » pour sa défense. « Pourquoi en aurais-je une ? Pour ces carnets, juridiquement, il n'y a absolument rien qui tient. »
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