Réunification. « Nantes est évidemment en Bretagne »
3 décembre 2008
Joël Cornette est auteur de plusieurs livres sur la Bretagne dont « Histoire de la Bretagne et des Bretons » (Le Seuil). Avec le recul de l'historien, il a répondu à nos questions sur Nantes et la Bretagne.Oui ou non, Nantes est-elle en Bretagne ? Evidemment, Nantes est en Bretagne. La question, en termes de longue durée historique, ne se pose même pas : la résidence des ducs de Bretagne, c'est bien Nantes; Anne de Bretagne demeurait à Nantes; le duc de Mercoeur fit de Nantes, au temps de la Ligue, sa ville capitale. Et l'histoire même de la formation du territoire historique de la Bretagne, à partir du VI e siècle, inclut évidemment tout le sud de la Bretagne, dont Nantes.Qu'est-ce qui a justifié que Nantes et la Loire-Atlantique aient été enlevées de la Bretagne ?Nantes a été prélevée de la Bretagne, d'un simple coup de plume, sur une décision administrative et politique. En 1941, le régime de Vichy a enlevé la Loire-Inférieure (*) de la Bretagne, et l'a intégrée dans une nouvelle région dont le coeur était Angers. Une décision politique qui n'a aucune réalité historique, ni économique. Même la Révolution, pourtant très « éradiquante », n'avait pas supprimé Nantes de la Bretagne au moment où elle a créé les cinq départements bretons.Comment expliquez-vous que cette décision ait finalement été pérennisée ?Il faut d'abord préciser que, dans la durée historique, c'est une décision assez récente. La décision de Vichy a été pérennisée en 1955 quand ont été créées les « régions de programme », dont les Pays-de-la Loire, avec donc la Loire-Inférieure. Dans son livre « Géopolitique de la Bretagne » (1986), Michel Phlipponneau explique que ce découpage aurait été réalisé par un haut fonctionnaire en un après-midi, sans aucune concertation. Les Pays-de-la-Loire n'ont pas de personnalité historique. C'est une décision purement politique et économique liée à la planification.Comment se passaient avant 1941 les relations entre Nantes et Rennes ?Globalement, avant la Révolution, Rennes était avant tout la ville du parlement et de l'intendance. Nantes, ex-ville-résidence des ducs, était le siège de la chambre des comptes, principal organisme financier de la province. Et la principale ville commerciale, le poumon économique de la Bretagne, en quelque sorte. Entre les deux villes, cela se passait dans une cohabitation de fait.Et si Nantes revient en Bretagne, comment voyez-vous les relations entre ces deux villes ?Si Nantes revient, il y aurait, en somme, une Bretagne à deux têtes. Cela peut poser un problème de partage des fonctions et des pouvoirs. C'est vrai qu'il y a une ambiguïté, qui peut expliquer certaines oppositions à la réintégration de Nantes dans la Bretagne (y compris à Rennes, qui risque de perdre une part de ses prérogatives). Mais il faut distinguer l'aspect technocratique et le vécu des habitants qui, eux, se sentent Bretons, comme l'ont confirmé de nombreux sondages auprès des Nantais. Il y a une évidente désharmonie entre les deux.Joël Cornette vient de publier « Le Marquis et le Régent. Une conspiration bretonne à l'aube des Lumières » (Tallandier). * La Loire-Inférieure s'est appelée la Loire-Atlantique en 1957.