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Sports

Vendée Globe. Les vagues de l'émotion

10 novembre 2008

Difficile pour un marin, qui part en mer trois mois, de s'arracher à la terre. Le regard déjà lointain, Arnaud Boissières tenait une dernière fois son fils Hugo dans ses bras avant d'embarquer à bord de son monocoque « Akena Vérandas ».<br/>Photo AFP

La première difficulté pour les 30 solitaires, qui se sont élancés hier à l'assaut du Vendée Globe, a été de s'arracher à la famille, aux amis, aux médias. Une fois de plus, le curseur de l'émotion a été placé très haut lorsque le carrousel du grand départ a commencé. A 9 h 19, Dee Caffari a ouvert le bal des débutantes avec une décontraction étonnante, lâchant même un « C'est parti mon kiki ! », au moment de quitter le ponton. Les deux femmes de la course, dont les 60 pieds étaient joliment ornés de bouquets de roses, ne sont pas parties comme des fleurs mais avec le sourire aux lèvres.Avant d'enfouir ses couettes sous son bonnet, Samantha Davies prenait encore le temps de raconter des petits secrets de filles à l'oreille de son attachée de presse. Un échange de « futilités » pour mieux évacuer la gravité du moment. « C'est le moment le plus difficile. Ce soir, on va souffler un grand coup. Tu as l'impression d'avoir fait le Vendée Globe alors que tu viens juste de franchir la ligne et que le plus dur commence ».Chez les récidivistes du tour du monde, l'impatience d'attaquer l'histoire et de couper le robinet des confidences était palpable.

Le flegme de Vincent Riou

Vincent Riou, le skipper de « PRB », affichait une sérénité qui n'était pas simplement de façade. Tandis qu'un ventriloque amusait la galerie à son bord, le Bigouden, fidèle à son image, était d'un flegme impressionnant. « Je n'ai jamais aussi bien dormi. J'espère que c'est un signe. Maintenant, il faut entrer dans le vif du sujet. Ce qui me stresse le plus, c'est ce qui peut se passer autour de "PRB". Il faut partir sans encombre », confiait-il. Sur le pont de son « VM Matériaux » rose flashy, Jean Le Cam attendait patiemment son tour. « Il y a un moment pour tout. Nous sommes le 9 novembre, mais c'est toujours fort un départ de tour du monde. Il vaut mieux ne pas trop réfléchir », confiait-il, le regard déjà tourné vers l'océan.Autre revenant et grognard des océans, Loïck Peyron, deuxième de la première édition, était très entouré. Avant que la foule ne cerne son élégant « Gitana Eighty ». Alain Gautier, très complice du Baulois, était venu l'encourager. « Take Care petit Loc » (fais attention à toi) avait recommandé le vainqueur de l'édition 93. Avant de larguer les amarres, Peyron échangeait une poignée de main chaleureuse avec Jean-Pierre Dick. « Bon voyage JP, mais ne va trop vite ! »

Yann Eliès submergé

Marc Thiercelin, le multi-récidiviste, était lui accueilli par l'acteur Charles Berling, son fidèle supporter et parrain. Tendu comme un arc, le skipper de « DCNS », qui attaque son quatrième Vendée, affichait une mine un peu fatiguée en raison d'un état grippal.Du côté des bizuths, pour lesquels cette aventure si ardemment désirée est un saut dans l'inconnu, la charge émotionnelle était forte. Parfaitement maîtrisée par Armel Le Cléac'h d'un calme olympien. Yann Eliès avait du mal à contenir cette onde de choc. Submergé par l'émotion, il étreignait tous les membres de son équipe avant de lancer avec force. « Je vais vers mon destin. J'en ai toujours rêvé ! »Roland Jourdain, le dernier à quitter le ponton, était déjà entré dans sa course depuis longtemps. A l'abri dans sa bulle, Bilou avait juste ouvert sa porte à Ellen MacArthur, venue papoter.Après les dernières civilités obligées avec Philippe de Villiers et PPDA et un petit signe aux amis, c'était enfin parti pour un tour. L'heure de la grande évasion avait sonné.

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