• LeTélégramme.com

Sports

Maxi-trimaran « Banque Populaire V » Sensations à bord du géant

4 octobre 2008

De Lorient à Nantes, Pascal Bidégorry, très concentré, a continué à prendre la mesure de son géant.<br/>Photo François Destoc

Jeudi, le maxi trimaran « Banque Populaire V » a quitté son port d'attache à Lorient pour rejoindre Nantes où il sera baptisé aujourd'hui. C'était seulement la sixième sortie du plus grand trimaran du monde. Le vent qui s'est invité au fil de la journée a corsé ce convoyage. Il est 11 h quand « Banque Populaire V », déhalé par son moteur fixe et poussé par ses pneumatiques, quitte son ponton de la base de Kéroman à Lorient. Sortir ce mastodonte de son abri n'est pas une mince affaire. A la porte de sortie, il y a seulement trois mètres de marge de part et d'autre des flotteurs du maxi qui fait 23 mètres de large.« C'est une phase délicate avec un peu de stress car il faut garder le contrôle », explique Ronan Lucas, le team manager. A la barre, Pascal Bidégorry est vigilant. La tension est palpable jusqu'à ce que la Citadelle de Port-Louis soit dans le sillage.Cette phase délicate menée à bien et la passe ouest embouquée, l'équipage peut s'échauffer pour hisser la grand-voile avec deux ris. Quatre duos s'échinent sur les colonnes de moulin à café tandis qu'un autre équipier gère la montée à un énorme winch central. Dans les courreaux de Groix, balayés par une brise de secteur ouest-nord-ouest, la mer d'un joli vert émeraude est légèrement ourlée. Après avoir salué la Pointe des Chats (pointe Est de l'île de Groix) peu avant midi, le grand trimaran va pouvoir allonger la foulée.

A l'écoute du géant

Ce n'est que la sixième sortie du bateau et pour Pascal Bidégorry et son équipe, en phase de découverte de leur machine, il n'est pas question de prendre le moindre risque. « On va entrer dans la pression dans deux minutes. On envoie le gennak (ndlr gennaker) et on enroule le solent », annonce le skipper basque. On garde deux ris dans la grand-voile en prévision d'éventuelles sautes d'humeur d'Eole ». Ainsi toilé, le maxi-trimaran déroule à plus de 27 noeuds sans donner l'impression de forcer. Il glisse avec aisance dans un léger clapot et il faut regarder le speedo pour percevoir la sensation de vitesse.A bord, c'est assez confort, mais on n'en est pas moins concentré. Sur un écran de contrôle, Ewen Le Clech vérifie et règle les tensions sur le gréement. Des coques aux foils, le bateau est truffé de jauges de contraintes, de capteurs pour enregistrer les tensions énormes qui s'exercent. Mais en plus des repères précis fournis par ces instruments high-tech, les sensations de l'équipage à l'écoute du géant sont essentielles.

Une séquence de brise

Les milles défilent sous les étraves et les falaises de Belle-Ile sont rapidement en vue. L'équipage s'active à un nouvel empannage pour parer les dangers rocheux près d'Houat et Hoedic.Le vent a progressivement forci et « Banque Populaire V » exprime sa puissance et sa capacité à accélérer en naviguant au-dessus de 30 noeuds. Toujours avec la même impression de facilité et sans brutalité. Il devance un énorme grain que Pascal Bidégorry surveille du coin de l'oeil. A l'approche du Croisic, l'oiseau du large n'y échappera pas. Le ciel s'est assombri, la mer a un peu blanchi et le vent, qui s'est vraiment invité sur la fin de parcours, est monté à 35 noeuds et flirte avec les 40 noeuds sous le grain. Le skipper, sur le qui-vive, a déjà anticipé et demandé à son équipage de prendre un troisième ris. Une manoeuvre pas évidente au vent arrière tandis que Bidégorry s'applique à calmer la bête à la barre.Cette météo capricieuse a corsé ce convoyage en y insérant une petite séquence de brise avec montée d'adrénaline en prime pour l'équipage. Un premier test que le grand trimaran, qui n'avait pas encore navigué dans un vent supérieur à 25 noeuds, a encaissé sans broncher.« Le bateau est grand mais je suis plutôt content qu'il fasse cette taille. On en aura bien besoin quand on sera là-bas... dans le Sud », lâche Bidégorry en pensant déjà à ces défis futurs. L'aventure ne fait que commencer pour ce géant qui semble bien né.

© Copyright Le Télégramme 2009