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Sports

Cap-Istanbul Bouvet sauvé des eaux

21 septembre 2008

Spi déchiré, « Sirma » tangue. En zodiac, Philippe Chapel va bientôt monter à bord et donner l'alerte.<br/>Photo Jacques Vapillon

Christophe Bouvet, skipper de « Sirma », tombé à la mer vendredi soir, a miraculeusement été récupéré deux heures plus tard en pleine nuit. Sa résistance et les recherches menées par tous les autres concurrents ont permis ce dénouement heureux. « On naviguait assez paisiblement dans 20 à 25 noeuds de vent. Je préparais le bateau en prévision du vent forcissant. Tout à coup, il y a eu une rafale à 45 noeuds. Le bateau s'est couché dans l'eau. Je suis passé par-dessus bord mais je me suis accroché à un bout. J'étais sous l'eau. Le spi s'est regonflé et j'ai dû lâcher. Je me suis retrouvé de nuit dans une mer avec deux mètres de creux. Je me suis déshabillé en attendant les secours. J'ai bu beaucoup d'eau de mer et je me suis fait attaquer par des méduses », a raconté Christophe Bouvet à son retour à terre.Retour en arrière : vendredi, vers 20 h, la voix de Mathieu Girolet, qui appelle le directeur de course Christian Gout, laisse transparaître une réelle inquiétude. La flotte, qui déboulait gentiment sous spi vient de se prendre un méchant grain avec des claques à 45 noeuds. Et en passant à côté du bateau de Christophe Bouvet. Mathieu constate que le voilier est en vrac et que personne ne donne de signe de vie à bord.

La course stoppée

Immédiatement Christian Goût tente de joindre Christophe Bouvet. Pas de réponse... Il n'y a pas une seconde à perdre. Les bateaux les plus proches sont immédiatement déroutés vers la position du bateau. Les secours sont alertés et les coasts guards de Cagliari commencent à mettre en oeuvre le dispositif de détresse.Devant la gravité de la situation, les autres coureurs décident spontanément, les uns après les autres, d'abandonner la course et de faire route au moteur vers la position de « Sirma ». Mathieu Girolet, qui le rejoint le premier, confirme que le bateau dérive toutes voiles dehors et personne n'est sur le pont. La nuit est tombée et tous convergent vers la zone. Le catamaran de la direction de course arrive rapidement sur place. Le Finistérien Philippe Chapel monte à bord. Il n'y a personne. Gérald Véniard le rejoint à bord et reconstitue sur le traceur de « Sirma » la mémoire de la route de Christophe.

Un solide gaillard

Philippe Chapel peut alors rapidement donner par VHF à l'ensemble de la flotte la position estimée de la chute de Christophe. L'attente est interminable. Les concurrents improvisés sauveteurs sillonnent la zone en éclairant de leurs projecteurs la mer, par une nuit d'encre. Les minutes s'égrènent, l'inquiétude grandit. Au bout de deux heures de recherche, Paul Meilhat annonce à la VHF qu'il vient de récupérer Christophe Bouvet à son bord. Il va bien, il est complètement lucide.Un miracle qui s'explique par la résistance physique de Christian Bouvet et par la température clémente de la Méditerranée proche de 25°. Comme des fusées avaient été envoyées, il a très vite su que le processus de recherche était engagé. Psychologiquement, c'était très important. Christophe Bouvet, que l'on connaît comme équipier attitré d'Eric Drouglazet dans les transats en double, est une force de la nature. Ce montagnard d'origine (il vit à Annecy a aussi pratiqué le rugby à un excellent niveau) est un solide gaillard qui n'a pas paniqué.

« J'ai nagé plus viteque Manaudou ! »

« Vu que l'alerte était donnée, j'étais confiant. Mais au bout de deux heures dans l'eau, c'était dur. J'ai eu un sursaut d'envie de vivre. Quand j'ai vu le bateau de Paul Meilhat, j'ai nagé plus vite que Manaudou. J'étais exténué, vidé, j'avais envie de pleurer. Mais je me suis dit que je n'avais pas le droit de laisser ma famille comme ça. La solidarité des marins, c'est extraordinaire. Ils se sont pliés en quatre pour moi. Ils m'ont sauvé la vie. Quand je me suis retrouvé à bord du bateau de Paul, j'avais encore l'impression d'être dans l'eau. J'étais malade tant j'avais bu de l'eau de mer », a-t-il confié.Tomber à la mer et voir son bateau partir, c'est la hantise du solitaire. Une telle fortune de mer était arrivée à Alain Gautier lors d'une étape lors Figaro 1996. qui ramenait la flotte d'Irlande. Le Lorientais avait été miraculeusement repêché par Nicolas Bérenger. Il n'y a pas vraiment de parade.L'issue heureuse, et même miraculeuse, est une belle récompense d'une énorme solidarité de tous les Figariste engagés dans cette course en Méditerranée.

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