Julien Dray, député PS de l'Essonne, est aussi un des nombreux candidats, déclarés ou potentiels, au poste de Premier secrétaire du PS.L'Université d'été de La Rochelle a-t-elle permis d'éclaircir la situation au sein du Parti socialiste ?Je pense que l'on sait désormais ce qu'il ne faut pas faire : continuer à se regarder le nombril et à s'enliser dans les querelles. La démonstration qui a été faite à La Rochelle, c'est qu'il n'y a pas aujourd'hui de personnalité miracle.Y a-t-il quelqu'un capable de rassembler une majorité au sein du PS ?Je pense que si on déconnecte la question de la direction du parti de celle de l'élection présidentielle, la solution est facile à trouver. Mais si on continue à mélanger les deux, nous nous trouverons dans une situation où, comme dans les dernières années, le Parti socialiste sera ingouvernable. Nous sommes dans une situation où chacun regarde l'autre en permanence en se disant : « N'est-il pas en train de prendre un avantage sur moi ? ».C'est pour cela qu'il faut une nouvelle génération à la tête du PS, avec de nouvelles méthodes et aussi davantage de discipline. Il ne faut plus que lorsque la direction du parti prend une position, il se trouve quelqu'un qui dise l'inverse.Craignez-vous que vos querelles ne servent au bout du compte vos adversaires politiques ?Jusqu'à maintenant, les divisions du PS c'étaient les affaires du PS et, bon an mal an, les socialistes savaient se retrouver le moment venu face aux échéances décisives. Ce qui apparaît depuis deux-trois ans, c'est que tout le monde s'invite dans nos divisions. Sarkozy en a profité pour faire diversion et masquer l'échec économique et social de sa première année de présidence, Bayrou aussi. Nous leur donnons tous les prétextes pour le faire. Il faut donc mettre un terme à cela.Je veux faire en sorte que le PS redevienne le parti du combat pour la justice sociale, inséré dans la société française, un parti qui ne se cantonne pas à la réfutation permanente de la politique de Nicolas Sarkozy, mais qui s'affirme comme une vraie force de proposition alternative. Je souhaite que le Parti socialiste s'identifie à nouveau aux aspirations des classes populaires, des classes moyennes, de ceux qui vivent de leur travail et sont sous la tutelle de la finance. Pour cela, il faut un premier secrétaire qui ne pense qu'au PS, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, qui n'ait pas d'autre ambition que celle-là. Or, beaucoup de ceux qui parlent aujourd'hui parlent d'eux et pas de ce qu'ils veulent faire du PS.Le congrès de Reims sera-t-il un remake de celui de Rennes ?Je ne crois pas, parce que le PS est d'abord un parti de militants dévoués, sans intérêts autres que leurs idéaux. Mais il y a toujours un risque d'éclatement et de fragmentation. C'est pourquoi le moment du sursaut est arrivé. Cela veut dire préparer notre projet et passer un contrat de gouvernement avec toute la gauche. Nous devrons faire passer notre parti d'une force de 120.000 militants à 300.000 ou 400.000.La question des alliances se pose aujourd'hui. Les socialistes doivent-ils tendre la main à François Bayrou ou à Olivier Besancenot ?La question ne se pose pas de cette façon. J'ai toujours dit qu'il fallait faire une coalition arc-en-ciel la plus large possible et dont le centre de gravité doit être le rassemblement de la gauche afin de lui permettre de tendre la main aux uns et aux autres sans exclusivité. Le tout dans un seul objectif : lutter pied à pied contre les mesures injustes et inefficaces du gouvernement Fillon qui a créé treize nouvelles taxes en un an tout en protégeant les plus fortunés par le renforcement du bouclier fiscal.