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Sports

Pascal Janin. Un terrain dans la tête

27 juillet 2008

Pascal Janin, mercredi dernier à Ploudalmézeau, sur le banc du Stade Brestois. <br/>Photo Patrick Tellier

Vendredi à Nîmes, pourla reprise du championnat de Ligue 2, Pascal Janin va entamer sa deuxième saison à la tête du Stade Brestois. Portrait d'un entraîneur encore méconnu et qui vit toujours avec un terrain dans la tête.Il n'a pas le passé de footballeur de ses voisins de banc comme Sarramagna, Rohr, Pouliquen, Tholot ou Casoni. Il n'a pas non plus la gouaille de Courbis ou de Zvunka. Malgré une première saison complètement réussie à la tête du Stade Brestois, le nom de Pascal Janin passe encore un peu inaperçu dans la liste des entraîneurs de Ligue 2. Il ne s'en offusque pas.Pascal Janin est quelqu'un de calme, de posé, de réfléchi, ce qui ne l'empêche d'avoir aussi le sens de l'humour. C'est également un entraîneur très fair-play, ce qui n'est pas donné à tout le monde dans le milieu. Jamais un mot sur l'arbitre, jamais d'excuses bidon pour expliquer une défaite. « Quand on gagne, je ne vais pas remercier l'arbitre, alors quand on perd, je ne vais pas dire que c'est de sa faute car je pars du principe qu'il est de bonne foi », explique-t-il simplement.

« J'ai toujours voulu minimiser les risques »

Pascal Janin est aussi quelqu'un qui n'aime pas l'imprévu, qui ne prend aucune décision à la légère. L'amour du risque, ce n'est pas son truc. Sinon, il serait peut-être devenu... peintre. « Je n'ai plus le temps mais je peignais encore il n'y a pas très longtemps. Avec ma femme, nous allons souvent dans les expos. Il m'est même arrivé de prendre discrètement des photos pour essayer de reproduire des tableaux. Je suis passé du dessin à l'aquarelle, puis à la peinture à l'huile. Comme j'étais plutôt doué quand j'étais jeune, on m'a orienté vers le dessin industriel mais ce qui m'intéressait, c'était la peinture d'art. Mais en faire un métier me paraissait compliqué ».Janin est un entraîneur plutôt offensif mais c'est un homme qui a d'abord besoin d'assurer ses arrières. « Vers 25 ans, je m'étais déjà fixé comme objectif de rester dans le foot car je m'étais dit que c'était le milieu que je connaîtrais le mieux. Je ne me voyais pas, comme certains l'ont fait, ouvrir un magasin ou un truc dans le genre. Quand je suis arrivé à Strasbourg, à 33 ans, j'avais déjà une clause de reconversion auprès des jeunes dans mon contrat. Je n'ai jamais été chaud pour faire autre chose ». C'est peut-être à cause de cette petite crainte de s'exposer que Pascal Janin a attendu si longtemps avant de passer son diplôme d'entraîneur pro, qu'il a obtenu, il y a seulement quatre ans, un peu après son arrivée à Brest comme entraîneur des gardiens. A cause ou grâce. Car Pascal Janin n'a aucun regret sur son parcours. « Je suis fataliste, c'était mon chemin. Ça m'a permis de connaître beaucoup de gens. J'aurais peut-être été un peu usé en commençant plus tôt car ça te bouffe beaucoup. Là, j'ai 52 ans, il m'en reste dix à ce poste-là, c'est peut-être même le bon moment ».

Djétou, Ismaël, Dacourt, Adebayor...

Longtemps directeur du centre de formation de Strasbourg et de sa génération dorée, celle des Djetou, Ismaël, Dacourt..., puis des 18 ans de Metz, avec à la clé un doublé Gambardella-championnat de France 2001 décroché avec Adebayor, Obraniak ou Butelle, Pascal Janin a consacré une grande partie de sa vie aux jeunes. « J'ai mis du temps à franchir le pas vers les pros. J'ai toujours voulu minimiser les risques, convient-il. Je n'aimais pas me retrouver en pleine lumière. Ce qui m'intéressait, c'est de faire mon métier sur la durée et entraîner des jeunes toute ma vie ne m'aurait pas coûté. Mais j'aurai eu des regrets si, à 60-65 ans, je n'avais pas eu l'occasion de prouver au plus haut niveau. A moi maintenant de bien bosser pour faire durer le truc ». Intronisé à la tête du club en décembre 2006, d'abord en tandem avec Miguel d'Agostino, puis seul au début de la saison dernière, son expérience aurait d'ailleurs pu tourner court. « Après le départ de Goudet, Miguel et moi avions un mois pour redonner de la vie à l'équipe. Sinon, on changeait ». Ensuite, malgré la promesse de continuer après le maintien, Yvon Pouliquen fut à deux doigts de s'engager avec Brest. « C'est une période dont je suis sorti perturbé. Mais, bon, j'ai tourné la page. Chez les pros, tu sais que tu n'as pas le temps. Quatre ou cinq mauvais résultats peuvent remettre en cause tes compétences. Avec l'environnement, la presse, le public, c'est la grande différence avec les jeunes. Sinon, pour moi, ça ne change pas. Quand j'avais 40 ans, je considérais mes jeunes comme mes enfants. Aujourd'hui, c'est toujours le cas. Mes joueurs pourraient être mes enfants ».

Muller et Gress en modèles

Et quand tout le club se félicitait d'une saison dernière achevée à égalité de points avec le cinquième, Janin, lui, était surtout heureux d'avoir vécu une première saison « sans aucun conflit avec les joueurs. Les conflits, je déteste ça ». Six ans à Metz aux côtés de Joël Muller, ça laisse des traces. « Joël, c'est quelqu'un hors-norme dans la gestion humaine d'un groupe. Je n'ai jamais vu un conflit, un accrochage, avec un joueur. Il est toujours dans le dialogue. J'essaye de m'en inspirer. Je fixe un cadre aux joueurs en début de saison. Ensuite, c'est à eux de s'épanouir dedans. Quand deux ou trois prennent le groupe en main, je suis content de les regarder, un peu comme un instit'. Avec mon staff, c'est pareil. Je laisse aussi beaucoup de liberté. Mais quand il faut intervenir, je n'hésite pas », explique-t-il.Son autre père spirituel, c'est Gilbert Gress. Pour la tactique. « Il m'a tout appris des mouvements, de la création des espaces, de comment le déplacement d'un joueur pouvait profiter à un troisième. Il m'a dévoilé des choses dont je n'avais jamais eu conscience en quinze ans de carrière de joueur ».Adepte du jeu rapide, en une-deux touches, Pascal Janin, comme pour beaucoup d'entraîneurs, est, comme il est peut-être écrit dans les ouvrages de psychologie et de sciences des comportement humains qu'il dévore, victime d'une passion obsessionnelle. « Je ne déconnecte jamais, avoue-t-il. Je pense souvent, pratiquement à longueur de journée, à un rectangle de pelouse avec des pions qui sont les joueurs et comment trouver des solutions aux problèmes. C'est plutôt le côté jeu d'échecs. Ça ne me lâche jamais. Dans ma tête, j'ai toujours un terrain ».

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