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Brest 2008. Le pacha du Marion sur le pont

7 juillet 2008

Photo R.L. <br/>En décembre dernier, le commandant Duchene et le Marion-Dufresne étaient devant la base Alfred-Faure de l'île de la Possession, dans l'archipel Crozet.

Ils sont deux, des Bretons, à alterner à la barre d'un navire emblématique de l'océanographie française, le Marion-Dufresne. Ce cargo polyvalent appartenant à l'État, armé par la CMA-CGM et affrété par l'Institut polaire Paul-Émile Victor et l'administration des terres australes sera l'une des attractions de Brest 2008.François Duchene n'aime pas entendre qu'il commande un mythe. Quel mythe ? Un cargo polyvalent de 120 m, plus petite unité de sa compagnie CMA-CGM qui compte 370 porte-conteneurs, pas même équipé pour affronter les glaces de l'Antarctique ? Il faut creuser pour deviner la forte personnalité du bateau. Le Marion-Dufresne est unique en son genre et surtout, il porte dans son nom des rêves nés il y a trois siècles, des histoires de marins bretons qui se perpétuent jusqu'à Brest 2008, grâce à l'Institut polaire Paul-Émile-Victor.Le Marion a deux missions principales : l'océanographie sur toutes les mers du monde et la desserte des îles australes françaises, à quelque 3.000 km au sud de La Réunion. C'est tout à la fois un paquebot, un cargo chargeant des conteneurs, un pétrolier transportant du carburant, un porte-hélicoptères et un navire de recherche, équipé de 650 m² de laboratoires, d'un sondeur multifaisceaux et d'un carottier sédimentaire géant unique au monde.Ce 15 décembre 2007, belle journée d'été austral, François Duchene a fait le silence à la passerelle. Les ordres précis sont donnés, sûrs et brefs. Les falaises d'un vert sombre s'approchent. Une indication, l'homme de barre répond et le bateau avance sur bâbord. Le Marion-Dufresne contourne l'île aux Moutons, dans l'archipel des Kerguélen. Le chenal est étroit pour l'imposant cargo. Le commandant est à son affaire. Il aime naviguer dans ses paysages désolés, tortueux et sombres où le vent et la mer peuvent à tout moment compliquer la manoeuvre. « Ici, nous avons peu de cartes. Nous utilisons celles qui ont été levées à bord. Je ne quitte jamais le sondeur du regard. C'est Kerguélen que je préfère. C'est grand, beau, sauvage. La navigation au ras des cailloux est un vrai bonheur. Cela donne du piment à une vie de marin ».

« On est piqué au Marion, ou pas »

Outre les quatre mois de desserte des îles des 40 e s Rugissants, le Marion effectue de nombreuses missions océanographiques sur les mers du monde. Là aussi, le rythme est particulier. « On peut passer un mois et demi en mer en avançant à cinq noeuds avec un tir de canon toutes les heures, dans le cadre des opérations sismiques ».« On est piqué au Marion, ou pas, dit François Duchene. J'ai eu une chance extraordinaire de venir ici ».À bord, l'équipage est 100 % Français. Ce qui est très rare. À la CMA-CGM, seuls 21 porte-conteneurs sur les 370 sont sous pavillon français. Et leur équipage est pour moitié composé de Roumains. « Il y a de moins en moins de Bretons, dit le pacha, lui-même Briochin, qui alterne le commandement avec un collègue de Plouzané (29). Le milieu s'est beaucoup ouvert. Actuellement, il y a une pénurie d'officiers au niveau mondial. C'est un métier qui n'attire plus. Il y a trop de contraintes au niveau de la vie sociale, familiale. Moi, je suis bien tant que ça bouge sous mes pieds. J'ai un bateau en baie de Saint-Brieuc ».L'esprit de Marion Dufresne, navigateur explorateur malouin qui précéda de quelques mois Kerguélen dans les mers australes en 1772, soufflera sur les fêtes maritimes de Brest 2008 : le bateau de François Duchene sera, en effet, visitable, de vendredi à lundi prochains. L'Institut polaire, lui, ouvrira les portes des aventures scientifiques et maritimes du XXI e siècle avec des expositions, installées sur les quais, au pied du bateau.

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