5 juillet 2008
Ça y est, nous y sommes. Le Tour de France va s'élancer de Brest à l'heure de l'apéritif. On veut croire qu'il nous réserve un cru autrement plus relevé que l'infâme piquette servie l'an passé.On ne les y reprendra plus. Même les optimistes les plus incurables n'osent plus nous refaire le coup du Tour du renouveau. Depuis 1998 et le séisme Festina qui avait révélé que le cyclisme était gangrené par le dopage, le Tour de France paye cash les errements de ses sombres héros.
Cauchemar
L'Américain Lance Armstrong avait à peine quitté la scène sous un déluge de doutes que son compatriote Floyd Landis devenait le premier vainqueur du Tour de France déclassé pour dopage. C'était en 2006.En 2007, ça a été pire. Après le contrôle positif de Vinokourov, l'éviction de Rasmussen et une succession de tristes péripéties, la fin du Tour de France s'était transformée en cauchemar.
Raisons objectives
Alors, a-t-on touché le fond ? On a envie de dire oui. En pleine guerre entre l'UCI (Union cycliste internationale) et ASO (Amaury sport organisation, société organisatrice de la Grande Boucle), ce Tour 2008, placé sous l'égide de la Fédération française de cyclisme, possède des arguments pour remonter vers le haut. Remarquez, il ne risque guère de tomber plus bas.Alors, quelles sont les raisons objectives de s'enthousiasmer pour un sport dont le taux de crédibilité était égal à zéro l'an passé ? On en trouve essentiellement trois.1. Un ménage bien fait. Comme le dit joliment le Costarmoricain Christophe Le Mével, « il y a quand même quelques noms en moins sur la liste des engagés ». Et quels noms ! Ullrich a été poussé vers la retraite, Vinokourov, Basso, Rasmussen sont suspendus et la sulfureuse équipe Astana n'a pas été invitée.2. Un contrôle antidopage de plus en plus pointu. En raison du conflit ASO-UCI, les organisateurs du Tour n'ont pas eu accès au passeport biologique annoncé comme la solution miracle. N'empêche que, pour l'élaboration de ce passeport, les coureurs sont l'objet de contrôles inopinés et se sont engagés à être constamment localisables.Sur le Tour, l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) se substituera à l'UCI pour effectuer les contrôles. Pierre Bordry, son directeur, en a précisé les modalités. Il n'a pas caché que des coureurs seront ciblés et, fait nouveau, l'hormone de croissance sera détectée. L'AFLD sera également compétente pour prendre des sanctions contre les coureurs étrangers et la sanction s'imposera à l'UCI.3. Des comportements plus normaux. Depuis le début de la saison, les observateurs ont noté que le cyclisme retrouvait un visage humain. On ne voit plus des équipes rouler aussi longtemps à 60 km à l'heure comme un seul homme.Et on retiendra ces mots de l'ancien pro breton, Lylian Lebreton, qui a suivi le dernier Tour d'Italie : « J'ai vu des grimpeurs qui grimpaient, des rouleurs qui roulaient, des sprinters qui sprintaient et non plus des sprinters qui grimpaient ou des grimpeurs qui roulaient ».
Menaces
Voilà des propos rassurants mais on devine que quelques brebis galeuses, et non des moindres, sont encore dans le peloton. Le Tour reste aussi sous la menace du président de l'UCI qui a refusé de communiquer à l'AFLD les noms de la vingtaine de coureurs qu'il a dans le collimateur.On ose espérer qu'il n'attend pas qu'ils se distinguent sur le Tour pour annoncer qu'ils sont positifs. Ce serait un coup fatal pour un sport en danger de mort. En ce pluvieux départ de Bretagne, le vélo joue à la roulette russe.
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