Jamais de vainqueur sortant au départ de Brest La malédiction du Maillot jaune
2 juillet 2008
C'est une curieuse coïncidence : après 1952 et 1974, le Tour de France s'apprête à s'élancer de Brest pour la troisième fois de son histoire. Et pour la troisième fois, le vainqueur sortant brillera par son absence dans la cité du Ponant. Comme une malédiction.1952 : LE FORFAIT DE KOBLET. Le maillot jaune (avec 22 minutes d'avance sur son dauphin !) assorti de cinq victoires d'étapes : Hugo Koblet, deuxième coureur suisse de l'histoire à remporter le Tour de France, avait écrasé la concurrence l'année précédente. Et le « pédaleur de charme », son surnom, était candidat à sa propre succession à l'amorce du Tour 52. Il n'allait pourtant pas en voir la couleur. 48 heures avant le tout premier Grand départ de Brest, Koblet, qui souffrait d'une infection rénale, se voyait interdire de toucher à son vélo pendant deux semaines. Six jours après Louison Bobet (contraint, quant à lui, de se faire opérer des cloisons nasales), Hugo Koblet, à son tour, devait déclarer forfait. On ne reverrait plus le grand Koblet.1974 : LES BLESSURES D'OCANA. Comme Koblet en son temps, Luis Ocana n'avait pas vraiment fait dans la dentelle lors du Tour 1973. En l'absence d'Eddy Merckx, le bouillant Espagnol avait fait main basse sur six étapes et relégué son second (Bernard Thévenet) à plus d'un quart d'heure au classement général. Ocana, peut-être grisé par le succès, souhaitait réaliser le triplé (Tour d'Espagne, Tour de France, Tour d'Italie) l'année suivante. Dans ses rêves de grandeurs, il allait malheureusement y laisser sa santé : malade durant tout le début de saison (il souffrait des voies respiratoires), le leader de l'équipe française Bic était victime d'une chute mi-juin sur le Tour de l'Aude. Blessé au coude, touché au moral, l'Espagnol était contraint de faire l'impasse sur la Grande Boucle. Pire : le jour du prologue brestois, la formation au célèbre maillot orange annonçait, sous la forme d'un communiqué, qu'elle ne renouvellerait pas le contrat de son leader. Une blessure, là encore.2008 : LE MAUVAIS CHOIX DE CONTADOR. Alberto Contador, vainqueur au Plateau-de-Beille trois jours auparavant, avait profité de l'exclusion du Danois Michael Rasmussen, au soir de la 17 e étape, pour endosser son premier maillot jaune l'année passée. L'Espagnol de l'équipe Discovery Channel avait hérité du pouvoir de façon rocambolesque et allait démontrer qu'il n'était pas seulement un leader de circonstances. Contador parvenait ainsi à contenir les rouleurs (Evans et Leipheimer) lors du dernier grand contre la montre pour obtenir son premier sacre sur les Champs-Elysées.Le dernier vainqueur du Tour de France se porte aujourd'hui comme un charme et aurait bien aimé remettre son titre en jeu samedi au départ de Brest. Mais en accompagnant Johan Bruyneel (son directeur sportif) au sein de la sulfureuse équipe Astana, l'hiver dernier, il s'est fermé les portes de la prochaine Grande Boucle. Jugée coupable d'avoir porté atteinte à l'image de l'épreuve en 2007 (contrôles positifs de Vinokourov et Kaschechkin), l'équipe kazakhe n'est effectivement pas la bienvenue sur le Tour 2008. Contador peut aller à la plage.