24 juin 2008
Dans la clinique brestoise où naquit Bernadette Nibéron en 1969, elle aurait été, sur un mois, le seul bébé épargné par une bactérie virulente. Percluse de maladies, la rescapée sort aujourd'hui du silence.Selon le dernier classement publié, en janvier dernier, par le ministère de la Santé, et réalisé sur la quasi-totalité des 2.800 établissements de soins français, 4,97 % de patients sont touchés par une infection nosocomiale. Ces résultats sont parmi les meilleurs en Europe. Le système de prévention et de contrôle mis en place à la fin des années 1980 commence à porter ses fruits.En 1969, la lutte contre les agents infectieux en milieu hospitalier en était encore à ses balbutiements. Le combat de Bernadette Nibéron, sortie de l'ombre hier, à la faveur d'une demande en référé de réparation devant le tribunal civil de Brest, en est l'illustration.
Seize bébés seraient décédés
La mère de Bernadette avait, comme beaucoup de mamans à l'époque, choisi la clinique Saint-Louis, dans le centre-ville de Brest. Le gynécologue obstétricien Ronan-Louis Taburet l'aide à accoucher prématurément le 20 mars 1969. Bernadette naît à sept mois et demi. Entre mars et avril, elle et seize autres nourrissons de la maternité sont atteints de diarrhées. Une bactérie particulièrement virulente, la « Salmonella Panama », est décelée dans les selles. Le service est complètement désarmé. Seize bébés seraient décédés avant qu'il ne ferme pour être désinfecté. Rien ne transpire du drame. Bernadette, transférée à l'hôpital Morvan, passera trois semaines en soins intensifs et survivra aux fièvres, aux convulsions, aux ponctions lombaires à répétition. « À dix-sept mois, je me mettais à hurler dès que je voyais une blouse blanche. À l'époque, on disait aussi qu'un bébé ne souffrait pas », se remémore-t-elle.
« Obtenir une réhabilitation »
Elle a survécu, mais son système immunitaire est resté très affaibli. Bernadette Nibéron, aujourd'hui encore, souffre notamment de violentes céphalées, de problèmes oculaires, de baisses de tension, d'allergies. Pendant huit ans, elle a dû faire de la rééducation tous les jours pour parvenir à tenir la tête droite. Invalide à 80 %, elle n'a jamais pu vivre une vie normale, passer des examens... Elle a trouvé une échappatoire en se passionnant pour la photo et les animaux, « qui m'ont beaucoup aidée. Cette maladie ne se voit pas. On me reprochait d'affabuler. J'ai beaucoup souffert, ainsi que mes parents, du regard des autres. Je veux obtenir une réhabilitation sociale », relate-t-elle pour expliquer le sens de sa démarche, 39 ans après les faits.
Quid de la responsabilité ?
Son avocate, M e Catherine Soraye-Berriet, a sollicité hier la nomination d'un expert gynécologue obstétricien. Elle souhaite qu'il soit assisté d'un infectiologue. Elle a demandé une provision de 5.000 .Mais qui est responsable ? La clinique Saint-Louis a aujourd'hui disparu. De plus, jusqu'en 1979, elle n'a apparemment jamais existé en tant que personne morale, car chaque médecin était responsable des actes qu'il pratiquait. Placée en liquidation judiciaire en 1979-1980, son nom commercial fut repris par la Société Anonyme « Clinique Saint-Louis ». Elle disparut définitivement en 1994, absorbée par la polyclinique de Keraudren.M e Elisabeth Lavaud, représentant la polyclinique de Keraudren, a demandé que son client soit mis hors de cause, « aucun lien (juridique) ne pouvant la relier » à la clinique Saint-Louis première époque.M e Laëtitia Sibillotte, avocate du docteur Taburet, ne s'est pas opposée à la désignation d'un expert mais s'est dressée contre le déblocage d'une provision, « car la responsabilité de mon client n'est pas établie. Quant à la mise hors de cause de la polyclinique de Keraudren, je ne partage pas l'avis de ma consoeur. On n'a peut-être pas recueilli tous les éléments sur le mode de fonctionnement de l'établissement de soins ». Délibéré le 8 juillet.
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