Bien que la représentation parlementaire du MoDem ait été réduite à la portion congrue, François Bayrou entend peser de tout son poids sur la scène politique.Que faut-il faire pour remettre l'Europe sur les rails, après le non irlandais ?Il faut d'abord cesser de se mettre un bandeau sur les yeux. L'idéal européen est vital, réellement vital pour notre avenir à tous, mais cet idéal est rendu chaque jour plus fragile à cause de la fracture qu'on laisse se créer entre les peuples et les gouvernants. Bien sûr, il n'est pas facile d'apporter des réponses, mais au moins pourrait-on éviter d'aggraver les choses. Chaque fois que l'on dit aux citoyens : « même si vous votez non, cela ne changera rien... », on aggrave ce fossé.À la place des dirigeants actuels, qu'auriez-vous fait ?J'aurais respecté mon engagement : écrire un texte, court, lisible, compréhensible par tous. Et c'était parfaitement possible. Au lieu de cela, on a noirci 260 pages, avec des milliers de pages d'annexes ! Comment voulez-vous qu'un citoyen normal y comprenne quelque chose ? Aujourd'hui, placé devant la crise ouverte par le non irlandais, je commencerais par proposer aux dirigeants des pays européens de prendre au sérieux les questions qui entraînent, selon eux, les citoyens à dire non. Questions sur le respect de leur identité, de leurs valeurs, de leur droit à comprendre. Et de leur adresser de vraies réponses. Par cet effort, on commencerait à reconstruire sur des bases saines le grand oeuvre européen, si nécessaire.Vous avez porté des jugements sévères sur l'action de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. N'y a-t-il pas des réformes mises en oeuvre qui trouvent grâce à vos yeux ?J'approuve la décision de généraliser l'intéressement dans toutes les entreprises que j'avais moi-même proposé pendant la campagne présidentielle. J'ai également voté en faveur de la réforme des heures supp lémentaires. Pendant la durée d'une année, il y a - heureusement !- des décisions qui vont dans le bon sens. Ces décisions, je les soutiens.Il n'empêche que la déception des Français est immense parce qu'on leur avait promis monts et merveilles et que ces promesses ne pouvaient être tenues.J'ajoute que les orientations, à la fois sur le style de cette présidence et sur le fond, sont problématiques pour nos concitoyens. Prenez par exemple le réalignement de la France dans l'Otan. C'est une décision lourde de conséquences pour le visage de la France dans le monde. Cela veut dire que nous renonçons à notre chemin d'indépendance, à notre volonté d'une France qui revendique haut et fort d'être une voix de résistance face à toutes les dominations.
À quelles conditions accepteriez-vous de voter la réforme des institutions ?Je la voterais si le gouvernement acceptait de prendre en compte le principe du pluralisme au parlement. Le mal français tient à l'absence de Parlement. Aujourd'hui, le Parlement n'est que l'exécutant de l'exécutif. Parce que les députés de la majorité tiennent en fait leur mandat de l'investiture du président élu quelques jours avant. Cette situation ne changera que lorsqu'il y aura à l'Assemblée nationale des voix libres, parce qu'elles représenteront de vrais courants d'opinion et qu'elles ne dépendront pas de l'investiture présidentielle. Il faut adopter une loi électorale qui permette de représenter tous les courants politiques. Il faut par ailleurs que la Constitution garantisse le pluralisme dans les médias, c'est-à-dire qu'elle établisse clairement que les médias doivent être protégés des concentrations excessives, de l'influence des puissances d'argent, en particulier de celles qui dépendent des commandes de l'État.Quelle est votre stratégie pour faire en sorte que le MoDem pèse davantage à l'avenir entre l'UMP et le PS ?Tout le monde voit bien les limites du régime UMP. De l'autre côté, on assiste à une crise profonde d'une gauche à l'ancienne. Je sais bien que le PS est un grand mouvement politique, et je n'ignore pas qu'il tient la plupart des collectivités locales. Mais sa vision de la société est totalement troublée.L'objectif du Mouvement Démocrate est d'offrir une alternative nouvelle. Nous voulons une société créative et juste. Où on puisse faire son chemin d'où qu'on vienne, où on dit la vérité aux citoyens. Pas d'un pouvoir qui est toujours, en vérité, du côté des puissants.